15 oct. 2017

Le Moteur des Charlatans

La brouille avait été durable dans la famille Peugeot entre les partisans et les adversaires de la construction automobile au point que l'activité avait été scindée en deux sociétés indépendantes. Après la mort d'Eugène, ses fils sont enfin attirés par l'automobile et créent la marque Lion-Peugeot. Même après la fusion des deux sociétés en 1910 les réticences persistent. L'équipe de course de la marque reçoit en interne le surnom péjoratif de Charlatans.

Après une première expérience dans la conception de moteurs pour la marine, le jeune ingénieur Ernest Henry est embauché par Peugeot en 1911. Il est intégré à l'équipe des Charlatans où il écoute les idées novatrices des pilotes.

Henry conçoit une synthèse de deux techniques : le double arbre à cames en tête et les quatre soupapes par cylindre. A cette époque les organisateurs des compétitions commençaient à limiter les volumes. Les voitures Peugeot équipées du moteur conçu par Henry sont la L76 (7,6 litres) et la L3 (3 litres) en 1912, la L56 (5,6 litres) en 1913 et la L45 (4,5 litres) en 1914. Dans un dernier défi aux traditionalistes de la société ce L signifie Lion.

Grâce à ces innovations les Peugeot des Charlatans ont des châssis allégés et une meilleure tenue de route. Elles commencent à dominer les compétitions de l'ACF en France puis les 500 miles d'Indianapolis.

Le moteur Peugeot-Henry est tellement en avance sur ses concurrents que les organisateurs d'Indianapolis craignant que la guerre freine l'intérêt de leur évènement demandent à un constructeur Américain de construire des répliques. Il est par cet intermédiaire le précurseur de tous les moteurs modernes.

Deux de ces voitures Peugeot ont survécu. Le 11 novembre dans la vente sur place de la collection Bothwell près de Los Angeles, Bonhams vend une L45 dans un état d'authenticité sensationnel pour une voiture de cette époque. Son châssis et son moteur portent le numéro 1 et la carrosserie est d'origine. Grâce à l'amélioration des technologies des pneus, elle a été chronométrée à 165 Km/h en 1949, une vitesse sans précédent pour une voiture fabriquée avant la première guerre mondiale.

La L45 est estimée $ 3M, lot 408. Elle a été filmée en fonctionnement par un spectateur lors du Goodwood Festival of Speed 2011. Cette vidéo est partagée sur YouTube.

Les Dollars Morgan

Le Morgan dollar est créé en 1878 après la reconnaissance par le gouvernement Américain de l'échec du bimétallisme. Il tire son nom de l'assistant graveur de l'US Mint qui l'a dessiné, George T. Morgan. Ce dollar accompagne pendant deux décennies une des plus graves crises financières qu'ont connues les Etats-Unis, aggravée par l'endettement croissant des fermiers de l'Ouest.

Les industriels des mines d'argent poussent à la hausse du prix de ce métal. Le Sherman Silver Purchase Act de 1890 obligeant le gouvernement fédéral à acheter une quantité considérable d'argent ne jugule pas la crise. De nombreuses banques font faillite.

Le Morgan dollar est une monnaie de circulation que personne ne thésaurise. Les productions de monnaie sont actives mais souvent annulées par des contre-ordres qui génèrent des fusions immédiates ou des mises en stock qui seront fondues plus tard. Le Morgan dollar 1889-CC (Carson City) est un exemple typique. Une pièce presque parfaite gradée MS-68 par PCGS a été vendue pour $ 880K incluant premium par Stack's Bowers le 15 août 2013.

En 1893 les réserves fédérales d'or ont baissé jusqu'au seuil critique avec le risque que les gold certificates ne puissent pas être échangées. Le Morgan dollar 1893-S (San Francisco) est extrêmement rare à l'état neuf.

Un 1893-S est resté dans un état superbe. Gradé MS-67 par PCGS, il avait probablement été choisi directement à l'usine par un collectionneur pour la netteté exceptionnelle de sa frappe et était resté dans sa descendance jusqu'à sa vente par Stack's en septembre 2001 pour $ 414K incluant premium.

Cette pièce n'avait pas été incluse dans les ventes aux enchères des Morgan dollars de la collection Coronet par Legend Rare Coins en 2015. Cet opérateur avait tenté une vente privée avec un prix fixe de $ 2M. Cette offre avait été discutée à l'époque dans un article partagé par Coin World.

Cette pièce est maintenant estimée $ 1,3M à vendre aux enchères par la même maison de ventes à Philadelphie le 26 octobre, lot 388. Legend Rare Coins est l'auctioneer officiel du PCGS Member Only Show.

14 oct. 2017

Vertige à Berlin

Quand il s'établit à Berlin en 1911, Ernst Ludwig Kirchner est déjà un maître de la gravure. Un exemplaire de sa lithographie en couleurs de 1909 Dodo mit japanisches Schirm a été vendu pour CHF 980K hors frais par Galerie Kornfeld le 6 juin 2008.

Ce séjour à Berlin est un échec. L'école privée de peinture moderne qu'il crée avec Pechstein ferme presque immédiatement. L'amateur de nus en plein air est oppressé dans la grande ville. Il regarde avec une commisération mêlée d'effroi les passants anonymes dans la rue. Leur expression stylisée est patibulaire. Les groupes sont serrés mais la communication est absente.

L'artiste exprime ce malaise à partir de 1913 dans ses Strassenszenen. Une huile sur toile 122 x 91 cm peinte en 1913-1914 en couleurs saturées a été vendue pour $ 38M incluant premium par Christie's le 8 novembre 2006.

La gravure sur bois permet des noirs saturés qui expriment le rejet de la vie citadine par l'artiste. Un Fünf Kokotten 52 x 39 cm imprimé en 1914 a été vendu pour CHF 920K hors frais par Galerie Kornfeld le 15 juin 2012.

Le 23 octobre à New York, Sotheby's vend la gravure sur bois 26 x 27 cm d'une Strassenszene, lot 99 estimé $ 500K. Elle est datée 1912 au crayon. Cette date est peu crédible. La maison de ventes date la gravure de 1913-1914.

Le malaise est portée à son paroxysme par la vision en plongée et par la perspective fuyante des bords verticaux. Cette image est connue en cinq exemplaires. Parmi eux l'exemplaire à vendre est le seul sur lequel l'artiste a ajouté des ombres violet foncé avec la technique du monotype. Par son ambiance étouffante cet exemplaire est un chef d'oeuvre de la gravure expressionniste.

La Couleur plein les Yeux

En 1935 Man Ray prépare sa peinture A l'heure de l'Observatoire - Les Amoureux qui est sa contribution majeure au surréalisme. Les lèvres rouge vif flottant au-dessus du paysage ont les contours de deux corps nus superposés.

L'artiste réserve la peinture pour les images oniriques et utilise préférentiellement la photographie pour les compositions basées sur le réel. Ce champion de l'érotisme regrette l'absence de couleurs dans la photographie d'art. L'autochrome et le dufaycolor ne sont utilisables qu'en petit format. Man Ray essaye le meilleur procédé trichrome mais abandonne aussitôt parce que la difficulté technique freine la créativité.

Man Ray essaye ensuite les crayons de couleurs sur les tirages noir et blanc. Au tout début de la photographie les miniaturistes se reconvertissaient dans la photographie pour colorier à l'aquarelle les photographies d'édition, apportant une illusion de réalisme qui plaisait aux clients. L'expérience de Man Ray est une application rare en son temps de cette pratique en grand format.

Le 19 octobre à Paris, Sotheby's vend Tearful woman, tirage argentique noir et blanc 23 x 18 cm réalisé et coloré à la main par Man Ray et daté 1935, lot 31 estimé € 300K.

Les couleurs sont variées et charmantes. La peau du visage est lisse et rose. Sous les sourcils soigneusement maquillés, les yeux regardent vers le haut, remplis d'humidité juste avant l'émission des gouttes de larme. La bouche très rouge est entr'ouverte, montrant bien que les yeux expriment l'émotion et pas le chagrin. L'identité du modèle est inconnue.

D'après le communiqué de presse de Sotheby's, un seul autre tirage est existant. Daté 1936 et de même format que l'image à vendre par Sotheby's, il avait appartenu à Robert Mapplethorpe. Il a été vendu par Christie's le 17 mai 2017 pour $ 2,17M incluant premium sur une estimation basse de $ 400K.

Cette technique n'a pas réellement eu de suite. Les progrès de la photographie en couleurs laissent espérer des procédés plus directs. Le Kodachrome pour diapositives de format cinéma sort en 1935 et le film négatif Kodacolor en 1942. Il faudra cependant attendre les années 1970 pour que William Eggleston lance la photo d'art en couleurs.

11 oct. 2017

Proust et les Editeurs

Marcel Proust prépare à partir de 1907 sa grande suite de littérature de fiction intitulée A la Recherche du Temps Perdu. Pour exprimer la vraie vie, il s'écarte résolument du roman narratif pour s'appuyer sur la persistance de la mémoire dans toute son apparente confusion.

Cette approche sans précédent ne persuade pas les éditeurs. En 1912 et 1913 Fasquelle, NRF et Ollendorff refusent de publier la première histoire intitulée Du Côté de chez Swann. Grasset poussé par son directeur Louis Brun accepte à condition que tous les frais soient payés par l'auteur. Le livre sort en novembre 1913.

Comme convenu Proust assure sa propre promotion en préparant des lettres dactylographiées pour les journaux. Il ne s'identifie pas comme l'auteur de cette campagne de marketing qui inclut des éloges dithyrambiques envers lui-même. ll croyait d'ailleurs certainement en son propre génie.

Dès janvier 1914 André Gide agissant pour la NRF et pour Gallimard comprend que son refus de l'année précédente était une erreur stratégique majeure. En mars la NRF fait une offre à Proust pour publier le reste à venir de la série. L'offre sera acceptée mais Proust restera très reconnaissant à Brun de l'accord initial qui lui avait ouvert les portes de la gloire.

L'édition originale de Du Côté de chez Swann inclut cinq exemplaires sur le très prestigieux papier Japon, que Proust offre et dédicace à ses meilleurs amis. Le numéro 1 offert à Léon Daudet a été vendu pour € 600K incluant premium par Sotheby's le 18 décembre 2013 sur une estimation basse de € 200K.

Le numéro 5 offert à Louis Brun a été truffé par son destinataire de précieux courriers autographes de l'auteur concernant ses relations avec les éditeurs et les journaux pendant cette période décisive de mars à mai 1914. Un bibliophile les a ultérieurement reliés avec le livre. Ce volume vient de refaire surface. Il est estimé € 400K à vendre par Sotheby's à Paris le 30 octobre, lot 151.

Obsession du Grand Sud

En 1981 et 1982 Jean-Michel Basquiat est un virtuose de la couleur qu'il utilise avec force et humour pour glorifier les héros Noirs. Ce panthéon génial n'est qu'une vision d'artiste, impuissant pour changer les relations raciales. A partir de 1983 son art devient une virulente revendication contre la société de consommation qui oppresse les Noirs d'Amérique.

Avec ses cinq toiles jointes qui constituent une histoire, Undiscovered Genius of the Mississippi Delta est un chef d'oeuvre de cette nouvelle manière. Les tags en répétition obsédante accompagnent le message visuel : Mississippi, Mark Twain, Negroes. Une bannière localise cette forme déguisée d'esclavage : The Deep South. Ce polyptyque a été vendu pour $ 23,7M incluant premium par Sotheby's le 14 mai 2014.

Le 20 octobre à Paris, Christie's vend au lot 14 B un acrylique et crayon sur parquet de bois 205 x 244 x 4 cm peint en 1986.

Le personnage est une grosse tête noire aux yeux vides fichée sur un squelette dérisoire. Les bras étendus sont terminés par de minuscules poings fermés montrant l'aspect illusoire du combat racial. Cette tête est traversée de part en part par le fleuve Mississippi. Le mot Mississippi est inscrit en répétition dans la partie basse de l'image. Le fleuve tente de faire jeu égal avec l'Hudson, l'Ohio et la Tamise.

Pour supprimer tout doute sur le caractère politique de cette image, une plaque porte de façon très lisible l'inscription Jim Crow, symbole depuis un siècle et demi de la discrimination raciale. Ce Jim Crow, personnage fictif des minstrel shows, était un Noir fruste du Grand Sud apparaissant comme faire valoir du Noir civilisé Zip Coon. Le message est clair : malgré les lois, les conditions de vie n'ont pas changé depuis l'époque de Twain.

L'attitude sans espoir du personnage est compensée par le dynamisme de la composition rythmée autour des lattes de bois. En 1986 Basquiat apparaît de plus en plus comme un passionné de jazz. Un hommage à Lester Young 150 x 100 cm a été vendu pour $ 6M incluant premium par Sotheby's le 18 mai 2017.

Lévitation Nordique

A la recherche des sentiments les plus décalés par rapport aux conventions sociales, Edvard Munch est particulièrement attiré par le thème de la solitude à l'intérieur du groupe. Son allégorie est une grande jeune femme aux cheveux d'or dans une longue robe d'un blanc immaculé, debout et tournant le dos au spectateur pour regarder la mer.

L'artiste réalise en 1895 quelques séries de gravures spectaculaires synthétisant sa vision hantée de la condition humaine : le Cri, Madonna, Vampyr.

Pendant son séjour à Paris de 1890 à 1892 Munch avait commencé à s'inspirer des styles post-impressionnistes pour exprimer son symbolisme. Revenu à Paris en 1896 il retravaille sa Jeune femme sur la plage en la libérant de son accompagnant. Une personne seule suffit en effet pour exprimer la solitude. Cette image tranquille est un des messages les plus forts de l'artiste.

La gravure de 1896 de la jeune femme solitaire sur la plage en format d'image 29 x 22 cm est réalisée en aquatinte brunie à l'imitation d'une mezzotinte qui est ensuite colorée à la main par l'artiste. Sur un total de onze ou douze impressions seulement, Gerd Woll distingue pas moins de sept combinaisons de couleurs qui offrent des variations impressionnistes selon la pratique de Monet.

Un exemplaire dans la variante Woll 3 a été vendu pour £ 2,13M incluant premium par Christie's le 20 mars 2013. La femme offre un contraste spectaculaire par rapport aux couleurs saturées du rivage et de la mer.

Le 23 octobre à New York, Sotheby's vend un exemplaire dans la variante Woll 5, lot 92 estimé $ 3M. Ses tons pastels dans lesquels les détails de l'environnement sont également gommés réduisent le contraste mais renforcent le mystère psychique de cette jeune femme en lévitation hors de l'espace, du temps et de la société.

8 oct. 2017

Tintin, c'était Hergé

Hergé suspend la création des Aventures de Tintin après Les Bijoux de la Castafiore, terminée en 1962. Quand il reprend le crayon quatre ans plus tard il est déjà fatigué et travaille lentement. Deux autres albums complets seulement suivront, en 1968 et 1976.

Hergé se considère comme le détenteur exclusif de l'univers de ses héros. Quand ses collaborateurs inquiets à juste titre sur son état de santé tentent d'organiser la suite de son oeuvre, il résiste farouchement, déclarant dans un entretien cité par Wikipedia : "Faire vivre Tintin, faire vivre Haddock, Tournesol, les Dupondt, tous les autres, je crois que je suis le seul à pouvoir le faire : Tintin c'est moi, exactement comme Flaubert disait : Madame Bovary, c'est moi !". Personne ne saura quelle fin il avait prévu pour son histoire Tintin et l'Alph-Art interrompue par son décès.

Pendant ses dernières années Hergé répond avec complaisance aux sollicitations culturelles. Il conçoit en 1979 une fresque pour le nouveau Centre Culturel de Wallonie-Bruxelles à Paris. Un dessin préparatoire 34 x 72 cm alignant plus de trente personnages a été vendu pour HK$ 8,1M incluant premium par Artcurial le 3 octobre 2016.

En 1982 Hergé travaille sur un projet de fresque pour les deux murs longeant les voies de la future station de métro Stockel à Bruxelles. Pour ces deux images murales de 135 m de long chacune, il réalise une esquisse à l'échelle de 1/100 environ. Après la mort de l'auteur en 1983 ces dessins sont utilisés comme modèles pour la fresque. 

Conservés par un membre de l'équipe et totalement inconnus jusqu'à ce jour, ces deux esquisses de 85 et 95 cm de long pour 3,5 cm de haut seront vendus en un seul lot par Librairie Lhomme à Liège le 21 octobre, lot 22 partagé sur la plate-forme de vente DrouotLive. 

Hergé a montré une dernière fois toute sa verve dans ces dessins dynamiques qui rassemblent en tout environ 140 personnages de ses histoires dans des attitudes humoristiques inspirées des albums. Le prix de cette oeuvre ultime dans un format unique dans l'art d'Hergé est impossible à prédire.

Un Dernier Défi pour Giacometti

Alberto Giacometti est enthousiasmé par le projet de décoration de la plaza devant la Chase Manhattan Bank à New York qui lui est confiée en 1958 et qui pourra être l'aboutissement de la démarche artistique de toute sa vie. Il installera ses sculptures monumentales selon la conception de ses Places I et II de 1948 simulant l'activité bourdonnante de la ville par des personnages épars.

Ses figures ne seront pas nouvelles : l'homme qui marche, la femme debout, la grosse tête. Refusant avec opiniâtreté la solution d'un agrandissement mécanique, il travaille à des proportions nouvelles qui permettront à ses statues de ne pas être miniaturisés par les 60 étages de la banque ni de paraître démesurées aux passants.

Alberto ne connaît pas encore New York. Après de nombreux essais de plâtres et de bronzes, il est découragé par sa propre idée du gigantisme de la ville et renonce au projet en 1960. Il ne détruit cependant pas tout. Quatre Grande Femme, deux Homme qui marche et une Tête de Diego sont conservées.

Conçu en grandeur nature, l'Homme qui marche I est à peine plus haut que l'Homme au doigt de 1947 mais il est un des meilleurs symboles de la vision de l'humanité par Giacometti. Le bronze 2/6 édité par Susse en 1961 a été vendu pour £ 65M incluant premium par Sotheby's le 3 février 2010.

Les quatre femmes sont de hauteurs variées. Avec ses 2,75 m de haut, la Grande Femme Debout II est la géante qui domine tout l'ensemble. Le bronze 1/6 fondu par Susse en 1961 a été vendu pour $ 27,5M incluant premium par Christie's le 6 mai 2008.

Cette oeuvre, la plus haute jamais réalisée par l'artiste, fait l'objet d'une réédition posthume en 1980-1981 également par Susse en sept exemplaires plus deux épreuves d'artistes pour Annette Giacometti et une pour la Fondation Maeght. L'une des épreuves d'artiste sera vendue par Christie's à Paris le 19 octobre, lot 8.

Alberto visite pour la première fois New York en octobre 1965. Miné par son cancer depuis 1963, il comprend trop tard comment il aurait pu intégrer son oeuvre ultime à Manhattan. Il conçoit une sculpture encore plus grande. Diego est chargé de préparer l'armature gigantesque mais ce projet est stoppé par la mort d'Alberto.

La Muse Facile d'Eluard

Les poètes et les artistes ont besoin d'une muse. Nusch est acrobate au Grand-Guignol quand elle rencontre par hasard René Char et Paul Eluard, en 1930. Elle a 24 ans. Paul et Nusch ne se quittent plus. Ils se marient en 1934.

Pour le poète Nusch est la femme idéale dont le corps se confond avec les forces de la nature. Elle est la "tranquille sève nue" de sa déclaration d'amour. Pendant que Paul compose ses poèmes, il confie sa muse à Man Ray, le photographe du groupe surréaliste.

Le recueil de poèmes intitulé Facile est publié en 1935. Ses sept doubles pages sont des imbrications choquantes pour l'époque du texte panthéiste et des photos 24 x 18 cm du corps nu de Nusch. Imprimées en héliogravure, les douze photos de Man Ray marquent la variété de son savoir faire avec effets d'éclairage, solarisations et silhouettes.

Paul reçoit un des cinq exemplaires hors commerce sur papier japon impérial. Paul Bonet réalise en 1943 une reliure surréaliste en dessinant les silhouettes entremêlées des mains que les deux amoureux ont posé alternativement sur sa maquette.

L'exemplaire a été dédicacé au poète par Nusch et surtout par Man Ray qui exprime par des mots le plaisir de leur collaboration et de leur amitié. Man Ray ajoute trois tirages argentiques de photos du livre et un rayogramme original en surimpression d'un nu solarisé de Nusch ainsi que six autres photos de plus petit format.

Le livre est estimé € 500K à vendre par Christie's à Paris le 19 octobre, lot 23.