22 août 2014

Transfert de Pouvoir par un Uli

Au début du XXème siècle, l'île de Neu-Mecklenburg était une colonie allemande. Elle fait maintenant partie de la Papouasie Nouvelle-Guinée sous le nom de Nouvelle-Irlande.

Il semble que l'île ait échappé au siècle précédent au zèle des missionnaires chrétiens destructeurs d'idoles. En 1904, certains colons sont émerveillés par la découverte de l'art Uli, au centre de l'île. Ils recueillent de nombreuses pièces et ont la chance d'assister à la création d'une statuette, mais le rite cessera d'être pratiqué peu après 1905.

Tous les Uli sont réalisés sur un modèle générique unique, avec des traits différents et quelques variantes significatives. Plus de 200 ont été conservés. Ces grandes statues anthropomorphiques pouvant atteindre 1,40 m de haut accompagnent les cérémonies funéraires des chefs qui durent une année complète. Les Uli ne sont pas des portraits et sont soigneusement manipulés de façon à pouvoir être réutilisés.

Ils sont hermaphrodites pour concentrer toutes les qualités des deux sexes dans le dialogue avec l'au-delà, plus efficace quand la mort du chef est encore récente. L'homme est cependant dominant dans cet être bisexué. C'est un puissant guerrier protecteur, agressif contre l'ennemi, au sexe proéminent. L'art Africain d'avant le contact avait aussi une prédilection pour la représentation hermaphrodite.

Le 16 septembre à Paris, Sotheby's vend un Uli d'1,40 m de haut, lot 32 estimé € 700K. Ce spécimen Wostrack-Krämer porte à la fois le nom du tout premier collectionneur allemand et du savant voyageur qui l'a décrit comme un chef d'oeuvre en 1908.

La caractéristique extrêmement rare de cette statuette est sa double figure : le grand Uli serre sur son torse une autre figure trois fois plus petite que lui, complète avec les mêmes attributs. Cet Uli apporte ainsi l'évidence que la figure idéalisée n'est pas un portrait mais un symbole des forces et des vertus. Le petit successeur encore novice du grand chef décédé devra pérenniser toutes ces qualités.