15 sept. 2014

Boutet au-delà des Privilèges

La carrière de Nicolas-Noël Boutet s'étend de l'Ancien Régime à la Restauration en passant par la Révolution, le Directoire, le Consulat et l'Empire. Il fut le meilleur armurier de son temps, certes, mais cela ne suffit pas à expliquer cette endurance. Tout simplement, en ce temps-là, la France avait désespérément besoin d'armes.

Fils d'un arquebusier de Louis XVI, Boutet continua sa carrière à Versailles. En 1792, quand la Prusse déclare la guerre à la France, Benezech et Boutet sont chargés de créer une fabrique d'armes et occupent une large zone désaffectée du palais, où seront produites des carabines mais aussi des serrures.

Cette mission officielle s'inscrit aussi dans la volonté révolutionnaire de mettre un fin aux privilèges des guildes, avec comme conséquence favorable la possibilité d'embaucher les meilleurs ouvriers d'Europe.

Boutet fut toute sa vie un administrateur financier incompétent mais sa réponse au besoin militaire et artistique était parfaite. Napoléon lui accorda sa confiance. Entre 1800 et 1818, la Manufacture de Versailles produisit 145 000 armes à feu militaires et 485 000 autres armes dont les sabres. Elle employait 800 ouvriers.

La production par Boutet d'armes de présentation, fusils, pistolets et sabres, répondait à une demande du Premier Consul lui-même, sans doute dès 1800. En 1806, lorsqu'il octroya des royaumes à ses frères, l'empereur Napoléon leur offrit des armes de très grand luxe.

Le 30 septembre à Londres, Christie's vend un fusil de chasse à silex aux panneaux incrustés d'or, lot 182 estimé £ 250K. Cette arme porte l'inscription utilisée par Boutet pendant le Consulat, de 1799 à 1803, mais aussi le monogramme de Jérôme Napoléon nommé roi de Westphalie en 1807. J'ai tendance à croire que cette arme magnifique a été faite vers 1806.