2 oct. 2014

Le Kaolin Plissé de Piero Manzoni

A la fin des années 1950, les artistes réalisent le vieux rêve anti-bourgeois de suppression du figuratif et de l'émotionnel dans l'art. Tout est permis quant aux matériaux et aux moyens, depuis la récupération d'objets de Rauschenberg ou Cornell jusqu'au lance-flammes et aux femmes pinceaux de Klein.

En 1958 et 1959, la série des Achromes de Piero Manzoni libère l'art de la couleur. Il cherche une pureté absolue qui rend sa démarche différente du mysticisme de Klein ou Fontana et du dégoût de Burri.

Manzoni laisse couler sur sa toile une pâte liquide de kaolin, ce matériau qui déjà un millénaire plus tôt apportait le blanc absolu aux potiers Chinois. Comme dans le cas des lacérations de Fontana, le geste créateur de l'artiste n'est pas absent : sa toile est plissée avant d'être enduite. Lorsque la pâte sèche, elle solidifie les interstices des sillons.

Manzoni n'intervient pas pendant le séchage, à part une surveillance des conditions climatiques. Les détails de la texture, épaisseur, bulles et coulures, échappent ainsi à l'artiste.

Les plus grandes toiles Achromes sont des exploits techniques car une grande homogénéité de la couche est nécessaire pour offrir l'effet de pureté voulu par l'artiste. Leur motif est une large bande centrale de sillons serrés, le haut et le bas de l'oeuvre restant unis, comme un fleuve qui coule entre ses deux rives ou comme une longue chevelure.

Un Achrome peint en 1958, 116 x 148 cm, avec d'intéressantes ondulations des sillons, a été vendu $ 14M incluant premium par Christie's le 15 mai 2013. Un autre de la même année, 114 x 145 cm, a été vendu $ 10M incluant premium par Sotheby's le 14 mai 2008.

Un Achrome similaire, 110 x 150 cm avec un contraste de luminosité des sillons, est estimé £ 5M, à vendre le 17 octobre à Londres par Sotheby's, lot 12.