15 mars 2015

La Porcelaine Impériale des Song du Sud

L'acceptation de la porcelaine par les Song pour les usages courants du palais a ouvert un défi pour les artisans spécialisés : ces ustensiles devaient être aussi plaisants que le jade à la vue et au toucher. Le développement est rapide, avec des formes nouvelles, des figurations incisées et des glaçures blanches ou céladon. La peinture sous glaçure n'a pas encore été inventée.

L'empereur lui-même promeut ce nouvel art qui atteint un raffinement sans précédent avec la très brève opération des fours Ru (Ru yao) juste avant l'invasion des Jin. Les Song ne contrôlent désormais plus que le sud de la Chine avec une capitale temporaire dans l'actuelle ville de Hangzhou.

Choqués par ces évènements, les Song du Sud cherchent à retrouver leurs valeurs par un compromis entre la tradition et le progrès. Au-delà des Tang dont le luxe était voluptueux, les Song redécouvrent les formes variées des bronzes rituels antiques, des Shang aux Han. Ils inaugurent pour la porcelaine une tradition d'imitation des pièces anciennes qui sera continuée jusqu'aux Qing.

Deux fours impériaux (Guan yao) sont installés à Hangzhou. Leur localisation est connue, et l'un d'eux était probablement à l'intérieur de la cité impériale. Cette porcelaine officielle privilégie l'équilibre des formes géométriques et la qualité de la matière par rapport à la décoration. Le Guan des Song du Sud atteint un raffinement comparable à la porcelaine Ding blanche du début des Song et aux merveilleuses pièces Ru.

Le 7 avril à Hong Kong, Sotheby's vend une bouteille Guan de 22 cm de haut, lot 1. Le communiqué de presse du 2 mars révèle l'attente : au-delà de HK$ 60M.

La forme générale de ce vase fabriqué il y a 800 ans est un hu, avec un long col au-dessus d'un corps renflé. Cette pièce est pourtant octogonale du col à la base, à l'exception de son orifice circulaire. Quatre filets horizontaux en légère protubérance offrent un cloisonnement plaisant.

Par dessus la céramique brun foncé qui reste visible sous la base, la glaçure vert-bleuâtre a été construite par des chauffages successifs en un processus complexe qui permettait d'adoucir les angles sans intervention mécanique sur la céramique. Le refroidissement final crée le réseau craquelé, selon la pratique déjà connue des Song du Nord qui symbolise le hasard des figures de la nature.