18 avr. 2015

Le Cri de Dora

La sensibilité de Picasso est exacerbée en 1937. La douceur de Marie-Thérèse ne suffit plus à fournir sa vision idéale de la femme. Il tente avec succès de refuser le divorce demandé par Olga. Sa nouvelle muse rencontrée l'année précédente, Dora, active, agressive, politiquement engagée, a une personnalité différente.

Pablo dira plus tard que Dora a toujours représenté pour lui la femme qui pleure, signifiant essentiellement la femme qui souffre. Elle devient ainsi un modèle pour la mater dolorosa, interprétée par l'artiste comme une attitude évoluant entre la sentimentalité passive et une rage militante contre l'oppression.

Dora accompagne la création progressive de Guernica et réalise un reportage photographique de la préparation de l'oeuvre. Une femme qui pleure pourrait être candidate à entrer dans cette scène terrible. Picasso y renonce, sans doute après avoir compris que l'image de femmes victimes basées sur Marie-Thérèse renforce mieux son message politique d'horreur de la guerre.

Le 1er juillet 1937, Pablo réalise en une seule journée les sept états successifs de sa gravure de la femme qui pleure. Le troisième et le septième état sont édités en quinze exemplaires chacun, 69 x 49 cm sur feuille 77 x 57 cm.

Dans le septième état, la rage exprimée par Dora rejoint l'intensité du message de Guernica. La conception simultanée des deux thèmes est une conséquence de l'excitation de Pablo déséquilibré à la fois par le viol de ses convictions pacifistes et par ses difficultés nouvelles avec les femmes.

Le septième état est la plus importante gravure de l'histoire des enchères. Le numéro 3/15 a été vendu pour $ 5,1M incluant premium par Christie's le 1er novembre 2011. Le numéro 8/15, précédemment discuté dans cette chronique, a été vendu pour £ 3,2M incluant premium par Sotheby's le 5 février 2014. Le numéro 11/15 est estimé $ 4M à vendre par Christie's à New York le 14 mai, lot 5C.