25 avr. 2015

Le Cri de la Carcasse

Malgré son comportement difficile et secret, Chaïm Soutine n'était pas isolé dans le monde de l'art Parisien. Il avait été un compagnon de beuverie de Modigliani et intéressait Zborowski. Il décomposait les paysages pour mieux exprimer la violence des couleurs, au détriment non seulement de la perspective mais aussi de l'équilibre.

Passant par Paris en 1923, Barnes est subjugué par l'approche expressive hautement originale du jeune peintre, mais Soutine ne réagit jamais comme tout le monde. Grâce à ce succès inespéré, il déménage son atelier et se précipite à La Villette pour acheter une carcasse de boeuf.

La série des images de carcasses, de boeuf puis d'autres animaux, n'est pas une victoire de l'artiste contre la faim. Il était d'ailleurs déjà menacé par son ulcère à l'estomac qui le tuera vingt ans plus tard.

Le rouge obsédant du sang et de la viande sont l'exacerbation d'un cauchemar d'enfance. Soutine avait été choqué par l'opposition entre la tragédie de l'animal mort et la satisfaction du boucher d'offrir une pièce de choix. Ses carcasses défient les traditions d'équilibre de la peinture de nature morte, dans la suite logique de ses compositions de paysages.

La viande pourrit sur son crochet, offrant à l'artiste de nouvelles couleurs et alertant les voisins qui appellent la police sans parvenir à stopper cet exceptionnel élan créatif. Une huile sur toile 81 x 60 cm montrant en gros plan une carcasse de boeuf est estimée $ 20M à vendre par Christie's à New York le 11 mai, lot 30A.