2 mai 2015

La Trinité Primordiale d'Alberto Giacometti

La guerre est finie. Alberto Giacometti comprend qu'un nouvel art est requis et que ses sculptures miniatures n'intéresseront personne. Ses personnages seront grandeur nature. Ils seront filiformes comme les fûts de lampadaires que l'artiste concevait autrefois pour Jean-Michel Frank.

Pierre Matisse est intéressé et promet d'organiser une exposition à New York en janvier 1948 de cet art qui, en octobre 1947, n'existe pas encore. Il faut concevoir les oeuvres et fondre les bronzes. L'artiste est en retard. Le rendez-vous avec les agents du fondeur est pour demain matin. Alberto n'est pas prêt.

Il n'est pas content de son prototype et le détruit. Dans une nuit de création frénétique, il réalise l'homme au doigt. Quand il est emporté pour la fonderie, le plâtre est terminé mais il est encore humide. Sept bronzes incluant une épreuve d'artiste sont édités par la société Alexis Rudier.

L'homme pointe le doigt pour montrer le chemin aux deux autres sculptures de cette trilogie, l'homme qui marche et la femme debout. Ce doigt horizontal est un signe d'autorité, d'espoir et de renouveau. L'homme au doigt émet le message primordial avant de disparaître des créations d'Alberto, au contraire des deux autres figures qui accompagneront toute son oeuvre.

Le plâtre a été malaxé à la hâte, donnant une texture tourmentée et balafrée qui a fait dire à des observateurs que l'homme au doigt est un auto-portrait d'Alberto. Un seul bronze, l'exemplaire 6/6, a été peint à la main par l'artiste. Il renforce la ressemblance. L'homme au doigt n'est pas Dieu entre Adam et Eve : il est Alberto, l'artiste créateur.

Ce numéro 6/6 de 178 cm de haut est le bronze le plus important de l'oeuvre d'Alberto. Il sera vendu par Christie's le 11 mai à New York, lot 29A. Le communiqué de presse du 15 avril annonce une estimation aux alentours de $ 130M.

Je vous invite à jouer la video partagée par Christie's.