6 juin 2015

De l'Autre Côté du Bar

Edouard Manet est un des grands expérimentateurs de la peinture du XIXème siècle. Au début de l'année 1880, sa santé se détériore, suscitant des infirmités dans les membres. Cette difficulté semble accélérer sa créativité, comme s'il percevait qu'il a peu de temps pour démontrer qu'il est un des plus grands artistes.

L'inspiration de Manet est moderniste, ce qui est clairement visible dans la série des Saisons qu'il ne pourra pas terminer où il transforme l'art classique du portrait pour montrer une jeune femme moderne.

Le 24 juin à Londres, Sotheby's vend Le bar aux Folies-Bergère, huile sur toile 47 x 56 cm peinte en 1881, lot 8 estimé £ 15M.

La barmaid est placée devant un vaste espace qui est un reflet dans un miroir mural, incluant son propre reflet. La position exacte du miroir est à peine repérable. Les taches de couleurs du fond montrent une foule à un spectacle, anticipant à la fois Lautrec et l'art abstrait.

Cette scène qui veut être un pendant aux Ménines de Velazquez est troublante par ses angles. Elle a été peinte dans l'atelier. L'homme à droite visible uniquement en reflet est le voisin de palier. La cohérence de sa position s'explique quand on exclut l'hypothèse qu'il est placé juste en face de la femme.

Manet veut créer un chef d'oeuvre et voit bien que ce thème le permet. La version finale peinte quelques mois plus tard, 96 x 130 cm, marque un retour au portrait réaliste avec une imposante fille dont le modèle est une vraie employée des Folies-Bergère, une foule aux détails visibles et quelques nouveautés comme l'assortiment de boissons sur le comptoir du bar et les jambes du trapéziste qui anticipent Chagall.