10 juin 2015

Nature Morte de Fruits Tropicaux

Paul Gauguin cherchait en Polynésie une civilisation différente, proche de la nature, résolument non-violente, loin des excès intellectuels de l'Europe. Il avait l'intention de revenir vite en Europe avec une créativité et un style renouvelés.

Il trouva ce qu'il cherchait mais ses propres conditions de vie furent précaires. Il s'écarta de Papeete trop dépendante à son goût de l'administration française. A la campagne, il n'accepta pas le troc dans une société villageoise qui n'avait pas d'habitude monétaire. Proche de la misère, il ne pouvait plus acquérir de toiles et sculpta plus qu'il ne l'avait lui-même souhaité. Son premier séjour avait duré deux ans, de 1891 à 1893.

Le second séjour commença en 1895. Il s'organisa mieux pour qu'il fût plus durable et travailla à ses thèmes mystiques animés par les figures des Polynésiens.

Gauguin admirait les natures mortes de Cézanne. Il peignit très peu de natures mortes pendant le premier séjour. Une composition aux fruits et piments peinte à Tahiti en 1892, 32 x 66 cm, a été vendue pour $ 12,4M incluant premium par Christie's le 6 novembre 2007.

Une nature morte aux mangos, huile sur toile 30 x 47 cm, a été vendue pour £ 3,6M incluant premium par Sotheby's à Londres le 20 juin 2005. Elle revient dans la même salle de ventes le 24 juin, lot 11 estimé £ 10M.

Non datée, cette peinture a été réalisée lors du premier séjour ou plus probablement au début du second séjour, en 1895 ou 1896. L'abondante correspondance de Gauguin ne laisse pas de doute sur son intention : il pratiquait la nature morte pour se relaxer entre deux recherches mystiques.

La composition angulaire est hardie comme un Cézanne, mais l'utilisation de couleurs fortes, volontairement exagérée pour atteindre la splendeur tout en refusant de copier la nature, est commune avec les paysages de Gauguin. L'utilisation des mangues est un nouveau défi de l'artiste à la civilisation Européenne. Elle n'est pas nouvelle dans son art puisqu'il avait déjà retenu ce thème lors de son séjour en Martinique en 1887.