30 août 2015

La Cryptographie Allemande

La radiotélégraphie sans fil utilisant le code Morse est une solution élégante pour transmettre des informations, surtout en temps de guerre, mais la sécurité n'est pas suffisante. En 1926, les Allemands découvrent avec consternation qu'à la fin de la guerre les Britanniques interceptaient et lisaient sans difficulté leurs messages secrets.

La solution existe dans leur propre pays. En 1918, un ingénieur travaillant à Berlin à inventé une machine de chiffrage d'un niveau élevé de complexité. Par un processus de modification des réglages applicables à la fois à la transmission et à la réception dans tout le réseau connecté, les messages seront inviolables.

La subtilité majeure de la machine Enigma réside dans le fait que le codage d'une lettre change continuellement par l'action de rotors, selon un algorithme qui s'applique à toutes les machines. Le câblage de base du plugboard et la position initiale des rotors sont renouvelés très fréquemment, et même quotidiennement sur les réseaux les plus sensibles, par des instructions transmises aux opérateurs.

Quand on frappe une touche du clavier, le signal électrique passe par les trois rotors vers un autre composant appelé le réflecteur, puis retraverse les rotors pour allumer une petite lampe qui donne la valeur de lecture de la lettre. Les militaires Allemands ont développé de nouvelles complications comme les rotors interchangeables ou le réflecteur mobile.

Très utilisées jusqu'à la fin de la guerre, les machines Enigma ont en majeure partie été détruites par les Allemands pour qu'elles ne tombent pas entre les mains ennemies, puis par les Britanniques après la fin de la guerre. Elles sont devenues très rares.

Une Enigma du premier type à trois rotors est estimée $ 160K à vendre par Bonhams à New York le 21 septembre, lot 73. La machine et les rotors sont restés en matching numbers, ce qui est très rare. Le numéro de série indique que cette Enigma date du début des années 1930, dans la période de transition entre la Reichswehr et la Wehrmacht.

Le code n'était pas inviolable malgré le nombre presque illimité de combinaisons. La découverte d'un processus de décryptage rapide par Turing et son équipe est l'exploit le plus sensationnel de la guerre du chiffre et un extraordinaire exemple de mathématiques appliquées.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

29 août 2015

Une Carte Mère de Qualité Musée

L'Apple Computer 1, créé en 1976, était le premier ordinateur personnel prêt à l'emploi, ce qui signifie que les composants étaient assemblés sur le circuit imprimé avant la vente. L'acheteur devait toutefois connecter lui-même cette carte à un clavier, à un moniteur et à une cassette injectant un programme en langage BASIC.

Parmi environ 200 Apple-1, certains réapparaissent encore fortuitement, comme cet exemplaire laissé au début de l'année dans un centre de recyclage par une veuve parmi des caisses de matériels électroniques périmés. La propriétaire n'avait pas laissé d'information permettant d'identifier son identité.

Le numéro de série entre 01-0011 et 01-0070 n'a pas été attribuée par Apple, et ne correspond pas totalement aux exemplaires vendus par Byte Shop. Elle reste pourtant un bon indice de la toute première production, avant un changement de source du circuit imprimé.

Ces pionniers de l'ordinateur personnel intéressent bien évidemment les musées, à condition d'être en état de fonctionnement. L'un d'eux, vendu pour $ 375K incluant premium par Sotheby's le 15 juin 2012, est exposé au Nexon Computer Museum en Corée du Sud. Un autre a été vendu pour $ 900K incluant premium par Bonhams le 22 octobre 2014 au Henry Ford Museum dans le Michigan.

L'intérêt croissant pour l'Apple-1 a fait faire surface à des exemplaires en état de fonctionnement qui étaient précédemment inconnus. Le registre soigneusement tenu par Mike Willegal identifie pas moins de 16 Apple-1 dont l'état opérationnel satisfaisant a été vérifié depuis 2010. Ce taux élevé s'explique par le fait que l'Apple-1 a été très peu utilisé par ses clients du fait des améliorations considérables offertes par l'Apple-II dès l'année suivante.

Bonhams connaît bien ces machines. Pourtant, l'état proche du neuf, sans délamination du circuit imprimé, de la carte-mère 01-0059 à vendre par eux à New York le 21 septembre 2015 suscite leur admiration. Son histoire est exemplaire. Son premier propriétaire l'a vendu avant 1981 à un marchand spécialisé en indiquant qu'il ne l'avait alimenté qu'une ou deux fois, et le marchand l'a laissé sur étagère.

Cet Apple-I est estimé $ 300K, lot 77. La vidéo partagée par la maison de ventes confirme son remarquable état de fonctionnement.

La Dixième Note du Carillon

Depuis l'époque de Confucius et la dynastie des Zhou, la musique est un moyen de communier avec le monde et guide l'Empereur sur la voie de l'harmonie et de la sérénité. Dès cette lointaine époque, la théorie est très structurée avec une gamme à douze tons.

La variété des timbres nécessaires à une interprétation parfaite de la nature, de la terre et du ciel et aussi du yin et du yang aboutit au système des huit tons (ba yin) selon la matière de l'instrument, qui est selon Schaeffner la plus ancienne classification raisonnée d'instruments de musique. Dans le ba yin, le métal est représenté principalement par le carillon de bronze (bianzhong).

Un bianzhong complet datant d'il y a 2500 ans trouvé dans la tombe dite du marquis Yi est composé de 64 cloches assemblées en plusieurs portiques, couvrant cinq octaves de douze tons et dont l'opération nécessitait cinq musiciens. Chaque cloche en forme d'amande offre deux tons selon qu'elle est frappée de face ou sur les côtés. Les pièces varient par l'épaisseur de la paroi.

La musique est l'art suprême et les cloches impériales sont datées, tout comme les cithares. Le 15 septembre à New York, Sotheby's vend la cloche du dixième son d'un bianzhong de seize pièces de forme ovoïde. Elle porte la marque impériale de Qianlong et est datée de la huitième année de son règne, 1743 de notre calendrier.

Cette cloche de 27 cm de haut qui avait appartenu à la collection Hearst est estimée $ 1M, lot 160 et est présentée dans un intéressant article publié par la maison de ventes.

23 août 2015

La Vénus de Hampstead

A Londres depuis 1949, Francis Newton Souza dessine et peint des portraits grotesques. Pendant que Bacon trouve son inspiration dans Velazquez, Souza voit Titien. Une huile sur toile 122 x 104 cm peinte en 1955 intitulée Titian's grandfather a été vendue pour Rs 2,25 crore incluant premium par Saffronart le 6 décembre 2007.

La même année, l'oeuvre la plus importante de Souza est intitulée Birth. Cette huile sur panneau 122 x 244 cm est estimée $ 2,2M, à vendre par Christie's à New York le 17 septembre, lot 709.

La préoccupation anti-religieuse de l'artiste à cette époque fait interpréter cette scène comme un pastiche de la Nativité chrétienne. L'ambiance de l'appartement est sombre comme une crèche mais le paysage urbain de Hampstead où Souza essayait alors de vivre est visible au travers d'une structure ressemblant aux vitraux d'une église.

La femme est nue. Son ventre hémisphérique est proche de l'explosion. Le barbu en habits liturgiques à gauche de l'image ne s'occupe pas d'elle. Elle n'est pas attirante. Il est l'image du péché, ou peut-être un autoportrait. Le point focal de Souza contre la religion chrétienne est l'hypocrisie de la rédemption. La texture du corps nu est un indéchiffrable graffiti craquelé qui ajoute à l'abjection de la scène, anticipant Twombly.

Les critiques voient l'Olympia de Manet comme modèle à cette femme de Souza. Je serais plutôt tenté d'y reconnaître la Vénus d'Urbino, un symbole de fécondité et donc indirectement de péché peint par Titien, l'un des plus importants artistes chrétiens.

Le Monotype de l'Idole

La technique du monotype n'a pas été utilisée fréquemment. Créant un exemplaire unique, elle est antinomique par rapport à la gravure dont le but est de permettre une large diffusion des images. William Blake a créé des monotypes pour anticiper l'effet de ses projets de gravures. Edgar Degas, toujours prêt à faire le contraire de tout le monde, a voulu en faire une oeuvre d'art.

En 1894, Paul Gauguin est revenu de son premier voyage à Tahiti, avec un renouveau de ses thèmes mystiques et de ses élans oniriques. Il s'intéresse vivement à la gravure dont les possibilités artistiques propres ont été récemment démontrées par Edvard Munch.

Le trait du dessin de Gauguin est précis et ses couleurs hardies en respectent le cloisonnement. Le mystère Polynésien mérite mieux. Gauguin n'est ni Manet ni Monet et encore moins Van Gogh. Sans doute trop impatient pour apposer par le pinceau les délicates nuances de couleurs, il cherche une solution par le monotype.

Le 16 septembre à Londres, Christie's vend un monotype 27 x 24 cm réalisé par Gauguin en 1894, lot 17 estimé £ 200K. Trois autres épreuves sont connues à partir du même dessin de base mais résultent de monotypes différents, probablement avec une même plaque de verre successivement nettoyée.

Une jeune femme pensive assise au bord d'un bassin est guettée par une idole derrière des colonnes. Le fond volontairement moins lisible cache probablement d'autres fantômes. Cette oeuvre entre dans la série Arearea no varua ino (le charme du diable), laissant supposer que cet observateur est un esprit tentateur.

Le monotype a été préparé sur une plaque de verre, à l'aquarelle ou à la gouache entremêlée de pigments divers dans une épaisse texture qui a laissé des traces mixées sur le papier de l'impression finale. La manipulation sous pression a créé l'effet de flou cherché par l'artiste pour cette scène surnaturelle.

Cette gravure a été récemment découverte. Elle est montée dans un cadre réalisé par Degas qui fut probablement son premier propriétaire.

Le Canon Bouddhiste

Nous ne verrons jamais quelle fut la vraie apparence de Gautama Bouddha. Les premiers siècles du Bouddhisme furent aniconiques, signifiant que les stèles votives étaient marquées par des symboles et pas par des figurations.

Tout change cinq siècles et demi après la mort du fondateur. La figure de Bouddha devient l'expression de la perfection. Comme une personne humaine, Bouddha doit être reconnaissable. Un concile fixe les 32 caractéristiques majeures de la représentation de Bouddha.

Ce canon est aussitôt appliqué dans la sculpture de la pierre, et ensuite dans les monnaies d'or. Ces deux arts sont familiers à la civilisation grecque encore influente dans les régions limitrophes du sous-continent Indien, incluant le Gandhara.

Kanishka fut le grand empereur de la dynastie Kushan du nord de l'Inde. Il avait sa capitale principale à Peshawar au Gandhara et une autre à Mathura en Uttar Pradesh. Son règne dura un quart de siècle il y a environ 1900 ans. Kanishka fut un protecteur zélé du Bouddhisme à l'époque où les Han ouvraient la route de la soie.

Le 15 septembre à New York, Christie's vend au lot 66 une très ancienne figure de Bouddha debout de grandes dimensions, 1,37 m de haut, dans un splendide état de conservation.

Elle a été sculptée dans un grès rouge marbré de la région de Mathura et appartient à un groupe certainement réalisé par un atelier royal pour lequel tous les éléments convergent vers le règne de Kanishka : les inscriptions effectuées sur les pièces similaires et la comparaison de l'attitude de Bouddha avec le revers des monnaies d'or de cet empereur.

Le kaparda est une caractéristique de ce groupe. Il s'agit d'une forme spécifique de la protubérance de la sagesse qui surmonte le crâne rasé de Bouddha.

La ciselure de cette pièce spécifique est d'une extrême qualité, dans le but d'offrir une vision naturaliste qui rendra le personnage attirant pour des fidèles. L'artiste a représenté le fin vêtement plissé par un renflement par-dessus la peau et pas par la classique incision qui était bien plus facile à réaliser.

Dans sa catégorie, cette sculpture est "un chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvres", selon le terme utilisé par Christie's en conclusion de la description du catalogue.


22 août 2015

La Porsche Turbo

Porsche avait déjà une longue tradition de compétition avec des voitures petites et légères. La marque obtenait son avantage par la complexité de ses petits moteurs et le soin apporté à la forme aérodynamique des carrosseries.

Comme Ferrari dix ans plus tôt, Porsche comprend bien que les profils différents selon les compétitions nécessitent des solutions techniques variées. Développées simultanément, la très puissante 917 et la petite 908 n'ont pas le même objectif.

La 908 cherche à être maniable sur les circuits sinueux comme le Nürburgring ou le Targa Florio. Le poids est un handicap. Une fois débarrassée de son cockpit en coupé et raccourcie au maximum possible, la 908, devenue 908/03 en 1970, est un exploit technique avec à peine 500 Kg propulsés par un moteur de 3 litres à refroidissement à air. Treize châssis sont construits.

En 1972, les nouvelles règles de la Class 5 exigent un poids minimum de 650 Kg. Porsche aurait pu lester sa 908/03 mais le succès n'était pas évident et la marque préféra retirer ces voitures de la compétition. En 1974, un nouveau changement de règlement acceptant les moteurs turbochargés ouvre une nouvelle carrière aux 908. Le moteur de plusieurs 908/03 est alors démonté pour être remplacé par un moteur turbo de 2,15 litres.

La Porsche 908/03 Turbo à vendre par Bonhams à Goodwood le 12 septembre est le meilleur exemple de cette histoire compliquée. Elle est estimée £ 2,2M, lot 353. Cette voiture en état de fonctionnement est éligible pour les courses d'endurance de sa classe d'âge.

Sortie d'usine en 1970, elle a été démantelée en 1972, vendue à un particulier puis récupérée par l'usine en 1974. Son historique de compétition en 1975 dans sa nouvelle configuration turbo est intensif.


La Mort du Petit Aigle

Les transitions de design ont généré les variantes les plus rares de la monnaie Américaine. Le half eagle à petit aigle de 1798 est exceptionnel. Six exemplaires seulement sont connus, et aucun n'était passé aux enchères depuis 2000.

Le half eagle de $ 5 a été créé en 1795 avec un revers au petit aigle. L'oiseau à tête de poulet a vite suscité moqueries et réprobation. Malgré les lauriers dans son bec, il n'était pas digne de symboliser l'ambition Américaine. Son successeur, le poitrail caché par un blason, est appelé l'aigle héraldique.

La quantité très faible de small eagles à la date de 1798 est liée à une utilisation tardive de l'ancienne matrice de revers qui aurait déjà dû être retirée de la production.

La meilleure de ces pièces, gradée AU55 par PCGS, est estimée $ 550K à vendre par Stack's Bowers le 30 septembre à New York en association avec Sotheby's, lot 2074. Elle a appartenu à la collection du roi Farouk.

Avec un moins bon état de conservation, un autre spécimen était devenu la monnaie la plus chère du monde quand il a été vendu aux enchères pour $ 3000 en juin 1912.

Le Rire Cynique de F.N. Souza

L'art de F.N. Souza est une révolte contre l'incurable hypocrisie de la société. Ses personnages forment un univers personnel qui rejoint celui de Wifredo Lam par la récurrence des formes, l'efficacité du trait et la violence tiers-mondiste.

Souza n'a pas supporté son éducation chrétienne et les mouvements artistiques d'avant-garde qui naissent à Bombay en 1947 sont prématurés. Il s'exile à Londres en 1949 et mène une vie proche de la misère, heureusement évitée par l'aide de ses amis communistes et une activité de journaliste militant.

Une autobiographie dérisoire publiée en 1955 dans un magazine attire l'attention sur son art qui commence à circuler. Le collectionneur Américain Harold Kovner découvre l'originalité et la force du message artistique de Souza. Il devient aussitôt son mécène.

L'artiste n'a désormais plus de limite pour exprimer son énergie et sa hargne, comme Basquiat dans un sous-sol de New York un quart de siècle plus tard. Son style ne change pas fondamentalement, inspiré par l'aspect grotesque des portraits hagiographiques chrétiens, mais les attitudes deviennent plus variées et moins directement anti-religieuses.

Le rire est un paroxysme de l'hypocrisie selon cet artiste qui ne sait pas ou ne veut pas être tendre ou drôle. Le 10 septembre à New Delhi, Saffronart vend Man and Woman laughing, huile sur isorel 152 x 122 cm peinte en 1957, lot 34 estimé Rs 15 crores équivalent à US$ 2,3M.


19 août 2015

Cinq Garçons dans les Clubs de Hambourg

Les Beatles commencent leur carrière à Liverpool, entrecoupée de cinq longs séjours dans les quartiers chauds de Hambourg entre 1960 et 1962. John, Paul et George sont chanteurs et guitaristes et Pete est batteur.

A Hambourg, le groupe joue occasionnellement avec le chanteur et guitariste Tony Sheridan. Ils sont fous d'Elvis avec l'irrévérence de leurs vingt ans. Leurs chansons en anglais dans cette ville Allemande quinze ans seulement après la fin de la guerre ont un petit goût de provocation qui amuse le producteur Bert Kaempfert.

Une curieuse idée de Kaempfert va lancer la fabuleuse carrière des Beatles. Il invite Tony et ses amis à interpréter en anglais des comptines allemandes en y apportant le punch du rock and roll.

En juin 1961, Bert Kaempfert Produktion établit un contrat avec les Beatles pour une séance d'enregistrement. Chacun des garçons gagne environ vingt dollars. Tony n'est pas inclus : il a probablement obtenu un contrat séparé.

Un exemplaire du contrat entre Kaempfert et les Beatles est estimé $ 150K à vendre par Heritage à New York le 19 septembre, lot 89032. Ces six pages en format A4 ont été dactylographiées sur papier peau d'oignon. La première page indique les adresses personnelles des quatre contractants à Liverpool et la dernière page porte leur signature autographe.

A cette date, le mot Beatles est imprononçable en Allemand. En octobre 1961, Polydor édite le 45 tours de My Bonnie par Tony Sheridan et les Beat Brothers.

Brian Epstein est un jeune disquaire de Liverpool qui a l'ambition de devenir impresario. Il décide de vendre le disque allemand puis, le 3 décembre 1961, propose aux Beatles qu'il devienne leur manager. Selon les termes du catalogue, "the rest is history".


13 août 2015

Les Angles Vifs du Boomerang

Dès ses débuts, Giorgetto Giugiaro a introduit des angles vifs dans la carrosserie automobile. Employé par Bertone puis par Ghia, il travaille pour de nombreuses marques et continue avec la même diversité après avoir créé en 1968 sa société Italdesign.

En 1971 Italdesign dessine pour Citroën la carrosserie de la Maserati Bora. Giugiaro prélève un châssis sans moteur pour assembler une carrosserie futuriste sous le nom de Maserati Boomerang. Le concept car est exposé au salon de l'auto de Turin.

Cette voiture est créée pour faire rêver. Maserati n'a apparemment pas eu l'intention de réaliser d'autres exemplaires mais fait l'effort en 1972 de rendre fonctionnel l'unique exemplaire. Une étape importante est franchie en 2003 quand un nouveau propriétaire la modifie pour obtenir son homologation pour les routes françaises, toujours valide aujourd'hui.

La Maserati Boomerang est à vendre par Bonhams à Chantilly le 5 septembre, lot 11.

Ce coupé bas et effilé est encore futuriste 44 ans après sa conception. Elle a participé récemment à de nombreux concours d'élégance où elle est difficilement surpassable. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes. Elle a une page dédiée dans la Wikipedia.

Les Champions du Bal

John Brack offre une vision critique de la vie des Australiens au temps du développement démesuré des banlieues.

Le Boucher Nude, peint en 1957, est une transposition dérisoire dans le monde moderne d'une composition de Boucher, en opposition totale avec l'érotisme de la version originale du XVIIIème siècle. Cette huile sur toile 81 x 146 cm a été vendue pour AUD 1,5M incluant premium par Deutscher and Hackett les 27 et 28 août 2008.

Pendant toute la décennie suivante, l'artiste prend un intérêt croissant au thème des championnats de danse dans les bals populaires. Le sujet est décalé socialement jusqu'à la stupidité. Les champions sont des professionnels et leur danse, qui a gagné en virtuosité, a perdu le romantisme qui était la raison d'être de ce passe-temps.

Brack collecte les photos des couples champions dans toutes les catégories de ces danses. En 1969 il réalise la série de douze peintures intitulée Ballroom Dancing. La sortie la même année sur les écrans d' On achève bien les chevaux, le chef d'oeuvre avec Jane Fonda, est une heureuse coïncidence ou plutôt la prise de conscience à la fin de cette décennie du fait que les loisirs du passé n'étaient pas forcément un enchantement.

L'une de ces peintures intitulée The Old Time montre un couple vieillissant démontrant une valse d'antan. L'homme d'un second couple a son numéro de compétiteur affiché sur le dos de la veste. Cette huile sur toile 162 x 129 cm a été vendue pour AUD 3,36M incluant premium par Sotheby's le 7 mai 2007 sur une estimation basse de AUD 600K.

Le 25 août à Sydney, Sotheby's Australia vend Junior Latin American, huile sur toile 96 x 164 cm, lot 15 estimé AUD 1M, également basée sur une image de champions. Comme pour le Boucher Nude et bien plus que pour l'Old Time, le message social est dérangeant. L'attitude sérieuse et sans plaisir des deux danseurs d'une jeunesse douteuse est en contradiction avec la catégorie Junior de leur dérisoire compétition.

Le Quilt offert à Maya Angelou

Maya Angelou, décédée le 28 mai 2014, était certainement la personnalité la plus respectée de la communauté Afro-Américaine. Cette ancienne chanteuse de music hall avait travaillé pour le Dr. King et pour Malcolm X et avait été encouragée dans son expression littéraire par James Baldwin. Poétesse, philosophe, enseignante, elle fut un mentor pour Oprah Winfrey.

Cette femme hypersensible modifia les conventions de l'autobiographie. Ses sept livres dans ce genre sont des dialogues avec le lecteur invité à imaginer comment il réagirait aux traumatismes vécus par l'auteur. Le sentiment de culpabilité dont elle avait souffert pendant plusieurs années après l'assassinat de son violeur est devenu au travers de ses écrits un cas d'école de psychiatrie enfantine.

Cette prophétesse avait une vision de la qualité intrinsèque de l'art au-delà des réussites personnelles des artistes et des opinions des critiques, et donnait en exemple la carrière posthume de van Gogh. Elle conservait une collection d'oeuvres d'art souvent données par ses amis. Cette collection sera dispersée par Swann Galleries à New York le 15 septembre. Rappelons que cette maison de ventes est la seule à organiser régulièrement des ventes d'art Afro-Américain.

Pour son 61ème anniversaire en 1989, elle reçoit en cadeau par Oprah Winfrey un quilt réalisé par une autre personnalité importante de la culture Afro-Américaine, Faith Ringgold.

Fille d'une couturière de mode, Faith Ringgold mêle ses acryliques sur toile à des échantillons de tissus colorés dans des arrangements historiés inspirés des thangkas. L'oeuvre commandée par Oprah Winfrey, 185 x 185 cm, est intitulée Maya's Quilt of Life. Elle est estimée $ 150K, lot 32. Maya 'Dr' Angelou est debout sur un chemin printanier, souriante, habillée en vives couleurs. Le cartouche central est flanqué de deux colonnes verticales de textes d'hommages et de citations.

12 août 2015

Une Longue Amitié Franco-Ecossaise

En 1798, deux jeunes gens font une rencontre inopinée en pleine mer au large de Cuba. Tous deux sont influencés par les idées sociales de l'époque. Tous deux auront une grande carrière.

Le duc d'Orléans, proscrit comme fils d'un régicide, navigue avec ses deux jeunes frères sur un bateau Américain sans confort. Le bateau Britannique offre de les recueillir. Le duc tombe à l'eau et nage jusqu'à la poupe. Il est reçu à bord par un marin Ecossais.

Thomas Cochrane, futur Lord Cochrane et comte de Dundonald, sera un très efficace capitaine, promoteur de la guerre chimique et pionnier de la marine militaire à vapeur. Son engagement radical fait de lui un enfant terrible de la marine Britannique, et il devient un homme clé de la libération de l'Amérique du sud et de la Grèce. Il est pardonné en 1832 par le nouveau roi William IV.

Le duc d'Orléans, devenu en 1830 Louis-Philippe Ier roi des Français, se souvient de son ami. En 1843, il lui offre un coffret avec deux pistolets de très grand luxe fabriqués par Jules Manceaux à Paris. Les armes sont incisées à l'or fin contrairement à l'habitude du temps qui se contentait d'un damasquinage.

Cet ensemble de qualité royale est estimé $ 150K à vendre par RIAC à Rock Island le 12 septembre, lot 1163. Il est le témoin non seulement d'une longue amitié Franco-Ecossaise mais aussi de l'évolution des sensibilités politiques dans la première moitié du XIXème siècle.

Grandeur et Décadence du Saint-Esprit

Fondé en 1578, l'Ordre du Saint-Esprit fut jusqu'à la Révolution la plus haute décoration française, attribuée essentiellement aux membres de la famille royale. Louis XVIII le rétablit en 1814 pour renforcer ses liens avec les autres monarchies Européennes. A sa mort en 1824, son frère et successeur Charles X réoriente le régime vers une monarchie autoritaire dont il favorise les symboles.

Louis-Philippe duc d'Orléans est un lointain cousin du roi. Fils d'un régicide et patriote au début de la Révolution, il n'entre pas en conflit avec le roi pendant la Restauration et se laisse octroyer le Saint-Esprit par Charles X.

Le 30 septembre à Paris, Sotheby's vend le collier et la croix du Saint-Esprit portés par le duc d'Orléans lors du sacre de Charles X à Reims le 29 mai 1825. L'ensemble en or émaillé a été réalisé par Ouizille et Lemoine, joailliers attitrés de la Légion d'Honneur, et provient de la collection du comte et de la comtesse de Paris. Il est estimé € 200K, lot 140.

Le prince qui l'a porté est aussi à l'origine de la disparition officielle de l'ordre. Une nouvelle révolution offre le pouvoir en 1830 au duc d'Orléans. Celui que ses adversaires appelleront le Roi bourgeois supprime divers symboles pour mieux se démarquer de la tradition.

Louis-Philippe Ier est roi des Français et non roi de France. Il accepte le drapeau tricolore et supprime l'ordre du Saint-Esprit dès le début de son règne. L'ordre sera cependant maintenu en privé par les descendants des dynasties royales françaises.

11 août 2015

L'Or à Philadelphie

Après des débuts difficiles, la monnaie fédérale Américaine entre en 1795 dans sa phase industrielle. Les premières pièces d'or sont produites, en conformité avec le Coinage Act de 1792. La production est entièrement réalisée à Philadelphie, depuis les origines jusqu'à 1838.

La première livraison de 744 demi aigles est effectuée le 31 juillet 1795, suivie le 22 septembre par les 1097 premiers aigles. La production des aigles 1795 dure jusqu'en mars 1796 avant la disponibilité des matrices du nouveau millésime. Les numismates reconnaissent cinq sous-variantes de l'aigle 1795 numérotées 1 à 5 par Bass et Dannreuther, différenciées par l'appariement des matrices sans qu'une chronologie soit établie.

Les quantités émises sur ce premier millésime sont faibles : 8707 demi-aigles et 5583 aigles. Le quart d'aigle attendra l'année suivante. Le double aigle, non défini en 1792, sera lancé en 1849. Les Américains espéraient que le demi-aigle concurrencerait sur le marché international la guinée Britannique, le Louis et les pièces portugaise de 4000 reis et espagnole de 2 escudos.

En matière commerciale, le succès n'est pas immédiat. Les aigles, encore moins bien adaptés pour ces transactions que les demi-aigles, ont peu circulé et certains exemplaires sont restés à l'état neuf pendant que leurs premiers propriétaires attendaient des jours meilleurs.

Un aigle gradé MS66+ par PCGS est incontestablement la meilleure pièce du millésime 1795 par la beauté de sa couleur et la qualité de sa frappe. Elle appartient à la rare variante BD-4. Elle est estimée $ 750K à vendre le 30 septembre à New York par Stack's Bowers en association avec Sotheby's, lot 2092.

La variante BD-5, aussi rare que la BD-4, est dominée par deux pièces MS65, toutes deux vendues récemment par Heritage. L'une d'elles, gradée par NGC, a été vendue pour $ 680K incluant premium le 9 août 2013. L'autre, gradée par PCGS, a été vendue pour $ 880K incluant premium le 7 août 2014.

La Ferrari des Playboys

Préoccupé par la compétition, Enzo Ferrari ne s'intéressait pas aux cabriolets, mais ne peut pas ignorer ces voitures de sport qui seront nécessaires à la rentabilité de son entreprise. Il met cependant à son catalogue en 1957 la Ferrari 250 GT Cabriolet Pinin Farina qui sera un grand succès commercial.

La même année, le développement d'un nouveau châssis vise essentiellement les berlinettes de compétition. Deux concessionnaires Américains, Von Neumann en Californie et Chinetti à New York, parviennent à convaincre Ferrari d'équiper le nouveau châssis en cabriolet.

La nouvelle voiture dessinée par Pinin Farina et carrossée par Scaglietti entre au catalogue en 1958 sous le nom de Ferrari 250 GT California Spider. Il est intéressant d'observer que Ferrari ne l'identifie pas comme un cabriolet mais comme un spyder. Peu importe. Sous la pression du marché lucratif des personnalités du cinéma et des playboys, Ferrari a créé un modèle pour les vedettes et les dragueurs.

En 1960, le raccourcissement du châssis pour des raisons liées à la compétition n'empêche pas de continuer la version avec hardtop amovible, avec un cockpit plus confortable. La voiture plus efficace sur la route est plus compacte et apparaît moins effilée. Les 50 plus anciens spiders désormais renommés Ferrari 250 GT LWB California Spider resteront les voitures les plus sexy de toute la gamme Ferrari.

Ferrari ne se limite pas pour le Spider 250 GT au marché Américain comme il le fera en 1967 quand Chinetti lui forcera la main pour un autre cabriolet, la Ferrari 275 GTB / 4 NART Spider. On comprend mieux pourquoi la production de cette exceptionnelle 275 n'a pas été continué après les dix premiers exemplaires.

Revenons en 1959. Un de ces LWB sort d'usine pour être vendu à un aristocrate Italien. Egalement carrossée par Scaglietti, ce spyder inclut quelques raffinements qui en font une des plus jolies de la série. Maintenue en matching numbers, cette voiture est estimée $ 9M à vendre par RM Sotheby's à Monterey le 13 août, lot 118.

10 août 2015

Le Dollar d'Argent de Lord St. Oswald

La première frappe de monnaie fédérale d'argent, en 1792, avait été symbolique et politique. La totalité de la production n'excédait pas 100 dollars et ne permettait certes pas d'envisager une circulation.

Deux ans plus tard, l'usine de Philadelphie tente la première production du dollar d'argent. Les difficultés techniques inquiètent les officiels au point que la préparation est confidentielle et non documentée. Il s'agit d'obtenir une frappe parfaite avec le poids exact et la pureté exigés par le congrès.

Des lingots sont achetés pour couvrir $ 2000 de la nouvelle pièce. La frappe est effectuée en une seule journée, le 15 octobre 1794. 1758 pièces sont produites.

Ce rendement en-dessous de l'objectif est dû à une dérive de la frappe entre le début et la fin de l'opération, en partie parce que cette monnaie était trop grosse pour réussir de façon répétitive l'ajustement du poids. La fabrication est suspendue. Il n'y aura pas d'autre dollar d'argent 1794.

Les premières pièces sont admirables. Une seule survivante a été classée Specimen. Son état neuf gradé MS66 par PCGS est dû au fait qu'elle a d'abord été conservée dans les archives de l'usine. Cette pièce a été vendue pour $ 10M incluant premium par Stack's Bowers le 24 janvier 2013.

Le 30 septembre à New York, Stack's Bowers en association avec Sotheby's vend le plus beau dollar d'argent de 1794, gradé MS66+ par PCGS, sortie gagnante il y a 30 ans d'une confrontation par inspection directe avec le seul autre exemple de ce grade. Elle n'est pas un specimen d'usine et est estimée au-delà de $ 3M, lot 2041.

Sa provenance explique sa préservation exemplaire. Un anglais nommé William Strickland visite les Etats-Unis du 20 septembre 1794 au 29 juillet 1795. Il acquiert des monnaies neuves à cette époque où la production n'est pas encore suffisante pour réellement démarrer la circulation. La boîte contenant ce trésor est rangée dans un cabinet à monnaie Chippendale en Angleterre et tombe dans l'oubli.

La boîte réapparaît en 1964 quand le cabinet est ouvert lors de la vente par Christie, Manson et Woods de la collection de Lord St. Oswald. Les dates des monnaies conservées dans la boîte correspondent avec le voyage de Strickland.

L'Artiste de l'Expédition Lander

Albert Bierstadt, Américain d'origine allemande, commença sa carrière de peintre paysagiste en Europe. Revenu en Amérique en 1858, il peint des vues de la Nouvelle-Angleterre et du haut état de New York.

L'ouest sauvage l'attire. En 1859, il participe à l'expédition Lander, en charge d'améliorer les pistes transcontinentales par application du Pacific Wagon Road Act émis par le Congrès en 1857. Expérimenté et audacieux, Frederick W. Lander explore la région qui sera plus tard le Wyoming, peut-être pour éviter l'Utah.

Bierstadt est ébloui par la beauté de la chaîne montagneuse des Winds, dans l'ouest de ce territoire. Comme tous les peintres de son temps, il établit des croquis pendant le voyage et peint ses compositions lorsqu'il revient à son atelier.

Le 19 septembre à Jackson Hole, Jackson Hole Art Auction vend Wind River Country, huile sur toile 72 x 100 cm, lot 184 estimé $ 1M. Voici le lien vers le communiqué publié par la maison de ventes.

Cette scène est une suite immédiate du voyage de Lander et a été peinte par Bierstadt vers 1860. Le coucher de soleil dans le ciel pur d'un paysage grandiose est influencé par le romantisme paradisiaque de l'Hudson River school.

Bierstadt est un pionnier, anticipant Thomas Moran qui pourra utiliser le chemin de fer pour se joindre à l'expédition Hayden en 1871. Les couleurs extrêmes du Wyoming par Moran seront inspirées par le style de Turner.

Le Cabriolet de la Cover Girl

L'industrie automobile redémarre après la seconde guerre mondiale. Delahaye continue la production de son châssis 135 et de la version améliorée 135M qui avaient été avant guerre les leaders de la voiture de luxe française.

Delahaye ne fabriquait pas de carrosseries, ce qui excitait la créativité des designers de la période post Art Déco. Figoni et Falaschi prétendaient être les grands couturiers de la carrosserie, en accord avec les modes. Au Salon de l'Auto de Paris en 1946, ils exhibent le cabriolet Narval conçu pour le 135M de Delahaye.

Le Narval fait sensation dans ce monde pourtant habitué aux extravagances. Il doit son nom à la forme de son museau qui évoquent le cétacé se faufilant dans les flots. Les plus riches pourront l'acheter pour plaire à une belle femme. Sept Narval sont construits. Le prince Ali Khan achète un exemplaire pour Rita Hayworth, le sex symbol du cinéma de son temps.

Un autre Narval fabriqué en 1947 commence aussi une carrière glamour. La Delahaye est vendue neuve à Mark B. Deitsch, fabriquant des chaussures de femmes de marque Prima dans l'Ohio, qui l'utilise pour illustrer ses publicités dans les magazines. Sa voiture reçoit le surnom de Cover Girl.

Un propriétaire ultérieur intervertit le moteur de la Cover Girl avec celui d'une Delahaye 135 carrossée par Antem. Les deux voitures ont été à nouveau réunies récemment dans une même collection. La Delahaye 135M a conservé sa carrosserie Narval d'origine.

Le 15 août à Monterey, Rick Cole vend au lot 900 cette voiture accompagnée de son moteur d'origine exposé séparément. La vente n'inclut pas de session en salle et les enchères sont reçues pendant l'exposition. La carrosserie en mauvais état de la 135 Antem pourra être fournie par le vendeur à l'acheteur. Voici le lien vers le site de la maison de ventes.

9 août 2015

L'Ile des Musulmans

Divorcée en 1934 en Afrique du Sud, Irma Stern reste seule face au monde. Elle voyage beaucoup et observe les coutumes, les habits et les ethnies. Elle aime l'autorité des hommes et la beauté des femmes.  Les immigrés, Malais et Arabes, lui ouvrent une vision exotique idéalisée des autres continents.

Formée à l'origine à l'expressionnisme allemand, elle réalise des portraits stéréotypés mais avec une technique artistique parfaite et des couleurs violentes. Ses personnages communiquent intensément avec l'observateur, masquant peut-être une difficulté de l'artiste à définir sa propre position sociale.

Son voyage à Dakar en 1938 la met en relation avec la population d'ethnie Arabe. En 1939, son premier séjour à Zanzibar marque une volonté d'immersion prolongée dans une communauté similaire. La population de l'île est presque exclusivement musulmane. Elle a l'idée ingénieuse de créer ses propres cadres en récupérant ou imitant les lambris ciselés qui sont un spectaculaire art local.

Les jeunes hommes sont autoritaires et inflexibles. La barbe est noire et le turban est vivement coloré. Un double portrait dans un cadre 75 x 97 cm a été vendu pour ZAR 21M incluant premium par Strauss le 26 septembre 2011.

Le vieux prêtre a une épaisse barbe blanche. Cette figure a été vendue pour ZAR 17,3M incluant premium par Strauss le 11 juin 2012. Une jeune femme légèrement boudeuse au regard droit a mérité £ 1,08M (ZAR 19,3M) incluant premium le 19 mars 2014 par Bonhams.

Le 9 septembre à Londres, Bonhams vend une autre huile sur toile de la même année, 61 x 51 cm, également dans un cadre de Zanzibar, intitulée Arab in black, lot 12 estimé £ 700K. En bas de l'image, la main du jeune homme barbu tient la garde de son poignard.

Vers 1960 dans une vente aux enchères à Johannesburg, la belle-soeur de l'activiste anti-apartheid Helen Suzman avait fait don de cette peinture au profit des accusés du procès des signataires de la Charte de Liberté, parmi lesquels l'histoire retient les noms de Luthuli, Sisulu, Mandela et Tambo.

Les Derniers Muscles

Le Muscle car fut une mode automobile Américaine pour plaire aux baby boomers avides de voitures légères à haute performance. A partir de 1964, la concurrence est acharnée entre Ford, Chrysler et General Motors.

Les ventes baissent brutalement en 1971 : les moteurs surpuissants ne sont plus les bienvenus après le Clean Air act de 1970 sans oublier la hausse du prix de l'essence et des tarifs d'assurance.

Chrysler développe en parallèle deux gammes de produits en 1970 sur son nouveau châssis E-Body et son énorme moteur Hemi, la Hemi Cuda dans sa division Plymouth et la Challenger dans sa division Dodge. La version décapotable de la Hemi Cuda est l'ultime haut de gamme des muscle cars, d'une extrême rareté : 14 voitures produites en 1970 et 11 voitures en 1971.

Un exemplaire exceptionnel de 1971 de Hemi Cuda Convertible 4 Speed ayant conservé son moteur d'origine a été vendu pour $ 3,8M incluant premium par Mecum le 14 juin 2014.

Une Hemi Cuda Convertible fabriquée en 1970 avec une transmission automatique est estimée $ 2,5M à vendre par Mecum à Monterey le 14 août, lot F69. Elle avait été offerte neuve avec un grand nombre d'options disponibles au styliste de la carrosserie, John Herlitz.


8 août 2015

La Dissection du Gorille

Le docteur Auzoux est médecin dans son village natal, Saint-Aubin d'Ecrosville en Normandie. Il constate que l'enseignement de l'anatomie s'appuie sur des dissections, ce qui nécessite un renouvellement permanent des échantillons.

Cette situation n'est pas satisfaisante et ne répond pas au besoin. Auzoux choisit la technique du papier mâché pour construire des modèles grandeur nature ou agrandis des organes humains, dont l'assemblage facile permet des simulations des articulations et des démontages.

Dès 1825, l'Académie Royale de Médecine autorise l'édition en série. Le génial inventeur a 28 ans. Il ouvre dans son village une usine qui exercera cette activité jusqu'au début des années 2000 et un écorché humain complet figure déjà dans son premier catalogue.

L'intérêt des anatomistes pour les animaux remonte à l'antiquité. A Rome, Galien disséquait des macaques pour définir les traitements des maladies humaines. Les travaux d'Auzoux ont indéniablement influencé Darwin.

La nouvelle merveille zoologique est le gorille dont l'existence est confirmée en 1847. Ce nom utilisé 2400 ans plus tôt par Hannon signifiait femme poilue dans le langage de l'explorateur et l'animal jamais revu était resté un mythe comme les licornes ou les sirènes.

En 1863, Auzoux convainc l'empereur Napoléon III de l'intérêt d'étudier cette bête si semblable à l'homme. Un spécimen est expédié d'Afrique et Auzoux en réalise la dissection publique dans l'amphithéâtre de l'Ecole de Médecine. Il découvre lors de cette inspection que le gorille a la même faculté de préhension des pouces que l'homme.

La même année, le gorille grandeur nature entre au catalogue d'Auzoux. Il est composé de 1193 éléments. La main droite est levée vers une branche pour une hauteur totale de 2,17 m.

Le 10 septembre à Londres, Christie's vend le prototype du gorille d'Auzoux, lot 22 estimé £ 80K, accompagné d'un manuscrit autographe de 65 pages décrivant les pièces démontables. Une copie en écorché à été vendue € 13K hors frais par Christophe Joron-Derem le 16 décembre 2013.

Sur les Traces de Burke et Wills

L'Australie est un monde à part. Autour des Angry Penguins, de jeunes intellectuels et artistes refusent la guerre et cherchent à choquer la bourgeoisie. Sidney Nolan prend ses thèmes dans les épisodes les plus rudes de l'histoire de son pays. Il les transpose pour le spectateur moderne avec un surréalisme au graphisme naïf.

Le terrible Ned Kelly déguisé en robot noir est aussi protégé contre le monde moderne par son invraisemblable casque intégral qui laisse uniquement percer le regard méchant.

La première série des Ned Kelly de Nolan, en 1946, ouvre la voie à l'art Australien moderne, contestataire, décalé et hors du temps. L'artiste crée un lien d'empathie avec ce renégat stupide, héritier des forçats, seul dans sa lutte illusoire. Une peinture de cette première série a été vendue pour AUD 5,4M incluant premium par Menzies le 25 mars 2010.

L'histoire Australienne ne peut que désavouer Ned Kelly mais honore Burke et Wills, les deux explorateurs qui ont trouvé la mort en 1861 au retour de la première traversée continentale du sud au nord.

Près de cent ans ont passé après Burke et Wills quand Sidney Nolan visite longuement le Queensland à la recherche des fondements pionniers de la culture Australienne. Le 25 août à Sydney, Sotheby's Australia vend une chasse à l'émeu, émail sur panneau 91 x 121 cm peint en 1949, lot 48 estimé AUD 600K.

Le grand oiseau effrayé est entouré par un homme et une femme tenant des fusils de chasse. Les attitudes invraisemblables apportent une poésie épique. L'homme est en déséquilibre, prêt à tirer, et l'amazone habillée en bourgeoise sur un cheval au galop exhibe un gentil sourire sans s'occuper de la chasse.

L'arbre au centre de la composition n'est pas seulement là pour rappeler que le Queensland n'est pas un désert. Il marque la séparation entre les pionniers et les bourgeois. L'oiseau destiné à être la victime des deux milieux sociaux inconciliables représente peut-être l'artiste lui-même.

5 août 2015

Le Jeu de Cartes du Whisky Japonais

La première distillerie Japonaise de whisky a été créée en 1924. Tout en imitant les techniques Ecossaise et en accordant l'importance nécessaire à la pureté de l'eau, les industriels visaient un marché local.

Les whiskys Japonais ont une indéniable originalité facilitée par le fait que les distilleries n'échangent jamais leurs malts et leurs grains. Le whisky a progressivement remplacé le sake. La consécration est venue à partir de 2000 quand les marques Japonaises ont commencé à gagner les concours internationaux de dégustation en aveugle.

Isouji Akuto est un de ces pionniers, d'une famille plusieurs fois centenaire de distillateurs de sake. En 1941, il installe une production de whisky à Hanyu. L'usine cesse ses distillations en 2000. Lorsqu'elle est démantelée en 2005, le petit-fils du fondateur, Ichiro Akuto, met de côté les meilleures barriques dont il effectue la mise en bouteilles à partir de l'année suivante.

Ce whisky Hanyu Ichiro de pur malt est d'excellente qualité et les étiquettes en font un collector : elles sont illustrées des 54 éléments d'un jeu de cartes, incluant deux jokers ajoutés en 2014 pour clore la série. Chacune des valeurs sauf l'ultime joker est éditée entre 200 et 650 bouteilles avec indication du numéro de barrique et de l'année de distillation de 1985 à 2000.

Très peu d'amateurs ont tenté d'accumuler une collection complète. L'une d'elles est estimée HK$ 1,8M à vendre par Bonhams à Hong Kong le 28 août, lot 196.

Une collection des quatre as a été vendue pour HK$ 196K incluant premium par Bonhams le 6 février 2015. Un as de pique a été vendu pour HK$ 85K incluant premium par Bonhams le 15 août 2014.

2 août 2015

La Route et la Course

Par bien des aspects, la Ferrari 275 est la suite de la 250 GT. Elle est une gamme de produits bénéficiant d'améliorations successives. La 275 a été introduite en 1964 avec une version grand tourisme, la GTB, et une version sports, la GTS. Les carrosseries sont conçues par Pinin Farina et fabriquées par Scaglietti.

Introduite en octobre 1966, la 275 GTB/4 est la dernière et la plus performante des berlinettes Ferrari utilisables à la fois pour la route et la course.

Elle est équipée d'un moteur à quatre cames et d'autres améliorations qui résolvent le problème de la vitesse de pointe décevante des variantes précédentes. Elle atteint 100 Km/h en moins de 6 secondes ainsi qu'une vitesse maximum de 260 Km/h. Elle a conservé le nez allongé introduit par Ferrari en 1966 pour éviter le soulèvement de la voiture à très grande vitesse.

Les petites séries basées sur la 275 figurent juste après la 250 GTO parmi les modèles les plus prestigieux : la 275 GTB Competizione Speciale ou GTB/C est un modèle d'usine pour la compétition et la 275 GTB 4 NART Spyder répond à une commande faite par Chinetti pour le marché Américain.

Le plus célèbre propriétaire d'une 275 GTB/4 commerciale est Steve McQueen, qui avait renoncé à un NART Spyder accidenté pendant le transport de livraison. Sa voiture construite en 1967 a été vendue pour $ 10,2M incluant premium par RM Auctions le 16 août 2014.

Le 15 août à Pebble Beach, Gooding vend au lot 029 une autre 275 GTB/4 de la même année. Voici le lien vers le communiqué de presse.

Parmi un peu moins de 300 véhicules fabriqués sur ce modèle, cette voiture est une des plus authentiques avec seulement 16 000 Km au compteur et n'a jamais été restaurée. Elle a reçu le second prix dans la classe Postwar Preservation au Concours d'Elégance de Pebble Beach en 2013.

1 août 2015

Prototype ou Grand Tourisme

Ferrari améliore ses modèles, mais le haut de gamme est trop élitiste. Les autorités de régulation des courses durcissent contre lui la définition du Grand Tourisme, qui doit s'appuyer sur une production commerciale au-delà de 100 unités. Les voitures non qualifiées pour cette catégorie sont des Prototypes, moins en vue du grand public.

La 250 GTO a été homologuée GT de justesse. L'argument de Ferrari selon quoi elle est une variante de la berlinette 250 GT SWB est techniquement difficile à contrer. L'histoire de la 250 LM sera différente et cette voiture tout aussi efficace que la 250 GTO n'atteindra pas le même prestige.

Ferrari ne parvient pas à homologuer la LM. Les officiels n'ont pas été dupés. Elle n'est pas réellement une GT car elle est dérivée du prototype 250 P à moteur 3 litres lancé en 1963 pour la compétition sur piste. La LM ne devrait pas non plus être une 250, son moteur 3,3 litres la rangeant dans la nouvelle classe des Ferrari 275 inaugurée au même moment.

32 Ferrari 250 LM sont construites, la plupart d'entre elles en 1964. La carrosserie est réalisée par Scaglietti sur un design par Pinin Farina. Elles sont avant tout destinées à la piste. L'une d'elles gagne les 24 heures du Mans en 1965, pilotée par Jochen Rindt.

Une 250 LM fabriquée en 1964 est restée dans un état d'origine exceptionnel après un historique de course sans incident. Elle a été vendue pour $ 14,3M incluant premium par RM Auctions le 21 novembre 2013. Une autre qui avait brûlé en 1969 a été vendue pour $ 11,6M incluant premium par RM Auctions le 15 août 2014.

Le 13 août à Monterey, RM Sotheby's vend une 250 LM également de 1964, lot 113, qui est une des mieux préservées de ce modèle après un historique intensif de compétition.

Le Repos du Spider

Jusqu'à l'an dernier, je pensais que les plus haut prix des Ferrari 250 GT California Spider récompensaient des voitures en parfait état. Le plus haut résultat enregistré à ce jour sur ce modèle aux enchères, € 16,3M incluant premium par Artcurial le 6 février 2015, contredit définitivement cette opinion.

Cette voiture sortie d'usine en 1961 était dans la même collection depuis 1971. Cachée dans une grange depuis 1975 après la faillite de son propriétaire, elle avait été retrouvée sous des piles de magazines qui avaient déformé son capot. Les Ferrari sont des véhicules d'une robustesse exceptionnelle : celle-ci a vaillamment résisté à quatre décennies de négligence dans la campagne humide française.

Surtout, elle n'a jamais été démontée. Malgré son apparence pitoyable, elle a tous les atouts pour redevenir après une restauration soignée la meilleure voiture de sa catégorie. Sa brève appartenance en 1963 à une vedette du cinéma, largement commentée par les medias avant et après la vente, n'a probablement eu aucun impact sur son prix.

Une autre merveille du même modèle et de la même année est estimée $ 16M à vendre par Gooding à Pebble Beach le 16 août, lot 129. Voici le lien vers le communiqué de presse.

Cette voiture a les mêmes caractéristiques d'origine hautement désirables que le specimen Artcurial : châssis SWB, phares carénés. Le début de son histoire est moins documenté, mais elle aussi est très longtemps restée intouchée, jusqu'à une révision du moteur en 2014. De plus, elle n'a jamais été oubliée par ses propriétaires.

Le Spider SWB est un grand succès de Scaglietti. Ses différences avec le Spider LWB ne sont pas spectaculaires mais extrêmement importantes, avec une tenue de route menée à la perfection, une meilleure suspension et un confort luxueux. Les Ferrari antérieures à l'excellence de la SWB ne peuvent plus prétendre aujourd'hui aux plus hauts prix du marché.

La voiture à vendre à Pebble Beach a tous les atouts pour être soumise à la meilleure restauration selon les standards les plus actuels et démarrer une nouvelle carrière au plus haut niveau des Concours d'Elégance.