8 août 2015

La Dissection du Gorille

Le docteur Auzoux est médecin dans son village natal, Saint-Aubin d'Ecrosville en Normandie. Il constate que l'enseignement de l'anatomie s'appuie sur des dissections, ce qui nécessite un renouvellement permanent des échantillons.

Cette situation n'est pas satisfaisante et ne répond pas au besoin. Auzoux choisit la technique du papier mâché pour construire des modèles grandeur nature ou agrandis des organes humains, dont l'assemblage facile permet des simulations des articulations et des démontages.

Dès 1825, l'Académie Royale de Médecine autorise l'édition en série. Le génial inventeur a 28 ans. Il ouvre dans son village une usine qui exercera cette activité jusqu'au début des années 2000 et un écorché humain complet figure déjà dans son premier catalogue.

L'intérêt des anatomistes pour les animaux remonte à l'antiquité. A Rome, Galien disséquait des macaques pour définir les traitements des maladies humaines. Les travaux d'Auzoux ont indéniablement influencé Darwin.

La nouvelle merveille zoologique est le gorille dont l'existence est confirmée en 1847. Ce nom utilisé 2400 ans plus tôt par Hannon signifiait femme poilue dans le langage de l'explorateur et l'animal jamais revu était resté un mythe comme les licornes ou les sirènes.

En 1863, Auzoux convainc l'empereur Napoléon III de l'intérêt d'étudier cette bête si semblable à l'homme. Un spécimen est expédié d'Afrique et Auzoux en réalise la dissection publique dans l'amphithéâtre de l'Ecole de Médecine. Il découvre lors de cette inspection que le gorille a la même faculté de préhension des pouces que l'homme.

La même année, le gorille grandeur nature entre au catalogue d'Auzoux. Il est composé de 1193 éléments. La main droite est levée vers une branche pour une hauteur totale de 2,17 m.

Le 10 septembre à Londres, Christie's vend le prototype du gorille d'Auzoux, lot 22 estimé £ 80K, accompagné d'un manuscrit autographe de 65 pages décrivant les pièces démontables. Une copie en écorché à été vendue € 13K hors frais par Christophe Joron-Derem le 16 décembre 2013.