30 sept. 2015

Hasard et Démence

En 1897, deux révolutionnaires du langage artistique construisent ensemble un projet hors du commun.

Stéphane Mallarmé a 55 ans. Admirateur d'Edgar Poe et traducteur du Corbeau, il ôte à la poésie toute intention narrative en développant la liberté du vers, la sonorité et aussi les émotions répétitives apportées par la juxtaposition des mots. Il aurait dit à Valéry : "Ne trouvez-vous pas que c'est un acte de démence ?".

Mallarmé est proche des artistes et a composé des textes pour les musiciens. Avec "Jamais un coup de dés n'abolira le hasard", il devient lui-même un artiste par sa conception de la disposition des mots sur les pages. Ce poème est le précurseur d'une grande tradition de la poésie francophone devenue indissociable de l'art avec notamment Apollinaire et Cendrars.

Ambroise Vollard a 31 ans. Sa galerie à Paris est déjà bien établie et il est décidé à secouer le monde de l'art par des initiatives sans précédent. Il rencontre Mallarmé.

Mallarmé autorise une première édition du Coup de dés sans la participation de Vollard. Le format du magazine ne lui plaît pas. Vollard propose de faire mieux. Il imagine que le poème de Mallarmé pourra être illustré par Redon et choisit comme imprimeur la société Firmin-Didot.

Mallarmé est un perfectionniste qui demandera que ses instructions de mise en pages soient respectées dans les plus petits détails. Firmin-Didot réalise cinq états successifs. Le dernier est effectué en novembre 1897 mais malheureusement Redon n'a pas encore fourni ses illustrations.

Le 15 octobre à Paris, Sotheby's consacre une vente à la bibliothèque de Mallarmé.

Le lot 163, estimé € 500K, est la maquette autographe préparée par Mallarmé incluant de très nombreuses instructions pour la typographie.

Le lot 164, estimé € 100K, groupe six épreuves couvrant les quatre derniers tirages de Firmin-Didot. L'une des deux épreuves du dernier état est encore corrigée de la main du poète pour de nouvelles améliorations.

Le projet est abandonné par Vollard après la mort soudaine du poète en septembre 1898.