11 oct. 2015

La Disparition Néo-Dadaiste de l'Art

Au milieu des années 1950, de jeunes artistes autour de Robert Rauschenberg redéfinissent la signification de l'art. Jasper Johns et Cy Twombly, qui ont été tous deux amants de Rauschenberg, explorent respectivement la trivialité du message et la proto-écriture qui sont en fait deux variantes de la même tendance.

Johns ne compose pas, il réutilise. Les drapeaux, les cibles, les chiffres et les lettres qui apparaissent tous dès le début de sa carrière n'ont aucune signification et n'apportent aucune émotion. Il accepte la couleur quand elle a été codifiée avant lui, et ceci est la signification profonde de son utilisation du drapeau Américain considérée probablement à tort comme une expression de patriotisme.

Pour maîtriser l'absence de message, Johns doit contrôler la matière. Il utilise dès 1954 une épaisse peinture à l'encaustique qui sèche suffisamment vite pour qu'un nouvel apport n'altère pas les couches précédentes. L'apparence nerveuse de son coup de pinceau est en fait à l'opposé de l'action painting de Kline.

Ces jeunes artistes bientôt soutenus par Castelli rejettent l'expressionnisme et ne sont pas concernés par le pop art au sens de leurs contemporains Lichtenstein et Warhol. Leur mouvement est parfois nommé Néo-Dadaïsme.

Après avoir annihilé le message de la création artistique, Johns détruit le support. L'observateur aime trouver ses repères par la position de la toile. Johns contredit ce désir en collant une toile sur une autre toile, toutes deux peintes dans le même style avec une certaine continuité des coups de pinceau à leurs limites.

Le 4 novembre à New York, Sotheby's vend un encaustique et collage de toile sur toile 102 x 102 cm réalisé par Johns en 1960, lot 65T estimé $ 15M. Le titre, The Disappearance, traduit le nihilisme artistique de cet artiste qui a pu secouer durablement toutes les traditions par le fait qu'il était autodidacte.