16 oct. 2015

Le Noir et le Rouge

En 1915 le Suprématisme de Kasimir Malevitch bouleverse pour toujours les théories de l'art. Pour être pur, l'art doit exciter les sentiments sans se référer à un message. Il n'est ni figuratif ni politique ni religieux.

Malevitch développe une nouvelle grammaire réduite à trois formes remplies, suffisamment simples pour échapper à une interprétation sémiotique, le rectangle, l'ovale et la croix. Le rectangle et l'ovale parfaits sont le carré et le cercle.

Le carré noir sur fond blanc est l'emblème séminal et le chef d'oeuvre du Suprématisme. Occupant de façon centrée presque toute la surface de la toile, le carré devient un objet indépendamment de son support et génère une impression obsédante. Face à une telle illusion spatiale, on peut réduire le carré blanc sur fond blanc de 1918 à une simple expérience complémentaire.

Dans les premiers temps, d'autres oeuvres de Malévitch font des concessions aux autres mouvements. Ses cohortes de rectangles plus ou moins parallèles en couleurs variées cherchent le mouvement comme dans le Futurisme en un assemblage qui paraît manufacturé comme dans le Cubisme synthétique ou dans le Constructivisme.

Le 5 novembre à New York, Sotheby's vend Mystic Suprematism, huile sur toile 100 x 59 cm peinte entre 1920 et 1922, lot 8 estimé $ 35M.

Une croix noire flotte devant un ovale d'un rouge profond. Le poteau de la croix et l'ovale sont coaxiaux. Le poteau est un quadrilatère effilé vers le bas qui apporte un effet de basculement vers l'avant. La petite ligne noire additionnelle qui traverse le bas du poteau sert de balancier permettant au spectateur de décider si cet indéfinissable objet abstrait menace ou non de tomber.

Le Suprématisme est déjà porteur des tendances majeures de l'art abstrait de la fin du XXème siècle, qui utilisera le rôle expressif des couleurs. Il est regrettable que Malevitch n'ait pas cherché l'importance du grand format. Pour aller plus loin que le Suprématisme, il faut attendre Rothko.