7 oct. 2015

Tintin et la Luftwaffe

D'une histoire à l'autre, Tintin ne vieillit jamais. Sa fraîcheur post-adolescente séduit ses lecteurs. Cela ne se passe pas de cette façon dans la vraie vie, heureusement. Son auteur et père Hergé atteint une autonomie d'observation et de pensée qui l'éloigne du Rexisme, le fascisme Belge. Juste à temps. Si Hergé avait suivi la ligne éditoriale du magazine qui l'employait, Le Vingtième Siècle, son oeuvre n'aurait pas survécu à la Seconde Guerre Mondiale.

Dans Le Sceptre d'Ottokar, Tintin est au service du roi de Syldavie, substitut à peine voilé du roi des Belges. Après une incursion dans le pays qui symbolise les fascismes des Balkans, Tintin revient en Syldavie en s'emparant sottement d'un avion militaire ennemi. Hergé maintient la logique en laissant la DCA Syldave abattre l'avion piloté par son héros.

Parues dans Le Petit Vingtième le 6 juillet 1939, les planches 95 et 96 du Sceptre d'Ottokar montrent les tirs qui abattent l'avion. Le dessin original en une seule feuille 40 x 60 cm est estimé € 600K à vendre par Sotheby's à Paris le 24 octobre, lot 94.

L'avion piloté par Tintin est un Heinkel He 118 et porte clairement la marque de cette société qui équipe la Luftwaffe de ses plus terrifiants bombardiers. Par cette illustration, Hergé a informé ses jeunes lecteurs deux mois avant le déclenchement de la guerre : les fascismes sont soutenus par le Troisième Reich.

L'avion atteint par un obus tombe en piqué. Ces images font écho au fait que l'usage prévu par la Luftwaffe pour ce modèle de Heinkel est le bombardement en piqué vers la cible. Heinkel est un fleuron de la technologie Nazie.

Ces planches à trois rangs d'images sont dans l'ancien format des albums Tintin. Lorsque Le Sceptre d'Ottokar est redessiné pour son édition en couleurs en 1947, Heinkel n'est plus une menace et l'avion est devenu un chasseur Messerschmitt, une marque mieux connue du public.