25 oct. 2015

Un Proverbe Moderne à Ostende

James Ensor est né dans un monde fantastique. Ses parents tiennent une boutique de souvenirs à Ostende où ils vendent des masques grotesques pour le carnaval. Le jeune homme travaille au grenier, où il peut tout à loisir reconstituer des scènes macabres dans le goût de la Renaissance.

Il passa presque toute sa vie à Ostende. La reconnaissance de son art fut longue et difficile dans cette ville de province où personne ne portait attention à ses premières peintures colorées proches du tout début de l'impressionnisme. Sa haine des conventions sociales généra une période d'intense créativité qui dura de 1888 à 1892.

Il peint en 1889 son chef d'oeuvre, l'Entrée du Christ à Bruxelles, qui est un détournement des carnavals des Brueghel sur lequel la foule de personnages masqués brandit des slogans révolutionnaires.

Ensor est un artiste de la moquerie sociale, bien avant les caricatures de Grosz et bien avant les surréalistes. Son Désespoir de Pierrot peint en 1892 anticipe les clowns lugubres de la période bleue de Picasso. Cette huile sur toile 117 x 167 cm provenant de la collection Saint-Laurent - Bergé a été vendue pour € 5M incluant premium par Christie's le 23 février 2009.

Le 5 novembre à New York, Sotheby's vend Les Poissardes Mélancoliques, lot 19 estimé $ 3M.

Cette huile sur toile 110 x 80 cm peinte en 1892 montre deux vieilles femmes assises dans un intérieur garni de bibelots. On comprend vite pourquoi elles sont maussades. Il ne reste de leur commerce de poissons rien d'autre qu'un maquereau déchiqueté par le chat et une carapace de crabe.

Une niche avec un proverbe est insérée dans le mur du fond, comme dans les anciennes scènes d'intérieurs Hollandais. Elle est occupée par trois crânes aux mâchoires agressives. Une pancarte marquée d'un slogan jaillit de cet endroit comme un défi à la bourgeoisie bien-pensante d'Ostende : "A mort ! Elles ont mangé trop de poisson".