1 nov. 2015

L'Idole de la Maison du Jouir

La rancoeur de Gauguin contre la société établie se transformait en provocations insultantes. Il quitte Tahiti où il ne trouve plus l'inspiration nécessaire à son art et arrive aux îles Marquises en septembre 1901. Il y retrouve aussitôt l'objet de ses vitupérations : le clergé catholique et les gendarmes de la République française.

Gauguin reprochait aux catholiques leur opposition hypocrite à la liberté sexuelle et se délectait des faiblesses des prélats. Il achète un bout de terrain à l'évêque local pour y construire sa maison décorée comme un temple de la pornographie sous le nom complaisamment affiché de Maison du Jouir. Il achète une jeune vahiné, ce qui finit de susciter l'exaspération totale des missionnaires.

L'exilé a de l'humour. La meilleure place d'exposition à la Maison du Jouir est la porte, visible de l'extérieur. Vers août 1902, Gauguin y installe deux statues réalisées par lui en bois de rose dans le style indigène. L'homme, Père Paillard, est une caricature de l'évêque en diable cornu. La femme, Thérèse, est inspirée du ragot selon lequel la servante de l'évêque était aussi sa maîtresse.

Sur cette statue de forme phallique de 66 cm de haut, Thérèse est une femme agréable, nue à l'exception d'un pagne. Avec sa tête surdimensionnée pour augmenter le caractère expressif, elle est une transposition de l'art primitif à un sujet occidental. Bien que l'intention de l'artiste ait été purement locale, mettre de son côté les rieurs d'Atuona, cette oeuvre anticipe l'interprétation des fétiches Africains et Océaniens par les artistes du vingtième siècle.

Thérèse est estimée $ 18M à vendre par Christie's à New York le 9 novembre, lot 5A. Son pendant Père Paillard est conservé à la National Gallery of Art à Washington DC.