30 nov. 2015

L'Oeil du Byeri

Le byeri, pratiqué par les nombreux groupes ethniques Fang du Gabon et de pays avoisinants, n'est pas une théologie mais un culte des ancêtres. Les personnes décédées avaient la connaissance et la sagesse et leur mort ne doit pas interrompre la communication. Le fétiche anthropomorphe est le gardien du reliquaire qui contient les ossements.

La statuette est nécessaire aux rites d'initiation. Le jeune boit une décoction hallucinogène avant de passer une nuit entière en présence des figures des ancêtres. Dans ce délire soigneusement organisé, il comprend comment il devra lui-même se comporter pendant toute sa vie d'adulte. L'ancêtre n'est pas anonyme mais la colonisation a effacé les traditions orales qui le concernaient.

Cette figure de la nuit est en bois noirci. Certaines tribus Fang ajoutent un raffinement : les grands yeux circulaires en cuivre ou en laiton rapportés par collage et cloutage ont un effet hypnotisant. Il n'est pas surprenant que les figures du byeri, assez courantes, aient fasciné les premiers connaisseurs Occidentaux au début du XXème siècle plus que toute autre catégorie d'art tribal.

Le 3 décembre à Paris, Christie's vend l'une des pièces les plus décrites, le specimen Guillaume-Fourquet, acheté en 1965 par André Fourquet à la vente de la collection Paul Guillaume. Elle est estimée € 2M, lot 76.

Cette figure haute de 55 cm a deux caractéristiques exceptionnelles : sa patine laquée suintante noire est en très bon état et elle a conservé un de ses yeux de cuivre. La perte de ses deux avant-bras au niveau du coude ne peut pas être un accident ni un hasard. Elle a sans doute été amputée volontairement au moment de sa collecte pour empêcher que ses pouvoirs magiques bénéficient aux Européens impies.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's.