6 nov. 2015

Un peu plus qu'une Confidence sur l'Oreiller

Les scènes de bordels, les maisons closes comme on les appelait à Paris, ne sont pas bienséantes pour l'aristocratie ou la bourgeoisie en cette fin du XIXème siècle. Henri de Toulouse-Lautrec sait que ses ses infirmités l'empêcheront de fonder une famille. Son nanisme qui fut aggravé par un accident aux jambes était d'ailleurs peut-être héréditaire.

Les maisons closes sont sur le déclin. Les tenancières misent pour leur commerce sur une bien fragile et éphémère respectabilité par comparaison avec les filles de la rue, jeunes provinciales qui transmettent leurs maladies avec une liberté incontrôlée et que leurs clients nomment les insoumises.

En 1892, la patronne du bordel de la rue d'Amboise s'intéresse à ce client différent des autres et dont le talent artistique est déjà reconnu. Elle lui commande de petits portraits de ses pensionnaires. Lautrec les observe et entre discrètement dans leur vie quotidienne.

Ces femmes qui passent leur temps professionnel avec des hommes sont homosexuelles, comme d'ailleurs les femmes qui exercent d'autres métiers trop exposés comme au cirque, au cabaret ou au music hall. Dans leur temps de repos, loin de l'argent des hommes, elles ne peuvent trouver de l'intimité qu'entre elles.

L'artiste profite de ses allées et venues dans la maison de la rue d'Amboise pour saisir des scènes de couples de femmes au lit, dont il réalise des peintures sur panneau selon sa technique spéciale à l'essence qui imite le pasteL

L'une de ces peintures, torride bien que les filles soient habillées, 39 x 58 cm, a été vendue pour £ 10,8M incluant premium par Sotheby's le 3 février 2015.

Une autre plus tendre peinte la même année, 46 x 59 cm, est estimée $ 10M à vendre par Christie's à New York le 9 novembre, lot 16A. Les deux jeunes brunes, le corps confortablement enfoui dans les draps, sont étroitement enlacées et échangent sur leur oreiller commun un baiser appuyé.