4 déc. 2015

La Dédicace de Flaubert au Maître

Né à Rouen, Gustave Flaubert ne veut pas se laisser enfermer dans la vie provinciale. Une brève visite à Paris pendant la révolution de 1848 est suivie d'un long voyage en Orient.

Flaubert admire Balzac. Il entreprend en 1851 un grand roman romantique et psychologique. Le thème est dramatique, et choquant pour la bourgeoisie du Second Empire : l'ambition de vie mondaine d'une jeune femme provinciale la mène progressivement et inéluctablement au suicide. Après cinq ans de travail, Madame Bovary paraît en feuilleton dans La Revue de Paris d'octobre à décembre 1856.

La censure n'apprécie pas, et un procès est intenté en février 1857 pour "outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs", une accusation qui a contrario démontre toute l'innovation littéraire du jeune écrivain.

Flaubert et La Revue de Paris sont acquittés et l'édition originale du livre paraît en deux tomes en 1857. Quelques exemplaires de luxe sont imprimés sur vélin fort. L'un d'eux, sans doute le plus précieux de tous, est estimé € 400K à vendre par Pierre Bergé et Associés en collaboration avec Sotheby's France à Paris (Hôtel Drouot) le 11 décembre, lot 84.

Cet exemplaire a été dédié par Flaubert à Victor Hugo simplement désigné comme Le Maître. Flaubert admire le souffle littéraire de Hugo tout en admettant qu'il a aussi des faiblesses. Hugo est alors à Guernesey, d'où il jette un regard critique sur le régime de Napoléon III, et il est ainsi un symbole pour l'espoir de renouveau de la littérature française.

Le livre a été relié en un seul volume par Chambolle-Duru, certainement sur ordre de Victor Hugo. Il contient aujourd'hui deux manuscrits ajoutés par un propriétaire ultérieur : une lettre de Flaubert à Schlesinger juste après son acquittement où l'écrivain marque son dégoût face au scandale qu'il avait provoqué, et quatre pages autographes pour Madame Bovary caractérisées par une grande densité de ratures, ajouts et remords typiques du processus complexe de sa créativité.