23 janv. 2016

Le Guérisseur de la Toile de Jute

Alberto Burri est médecin militaire. Fait prisonnier, il est interné au Texas. La toile de jute est partout : robuste et bon marché, elle est utilisée pour les tentes, les sacs. Le chirurgien est désoeuvré : il coud des pièces de jute pour créer de l'art. Sans le savoir à cette époque, cet artiste autodidacte ouvre la voie à l'Arte Povera et au Néo-Dadaisme : l'expression artistique peut être puissante sans pour autant utiliser les matériaux luxueux.

Burri est médecin et hypersensible. Dégoûté par les horreurs de la guerre, il ne veut plus exercer son métier mais souhaite continuer à guérir en montrant l'exemple par l'art. Ajoutant à l'acrylique le rouge profond du sang et le noir de la suie à l'ocre du sac cousu sur la toile, il offre un message artistique inédit.

Autour de 1955, il quitte ses sacs ensanglantés pour des expériences de combustion du bois ou du plastique, créant des formes similaires à des pustules de chair qui sont de nouvelles invitations aux médecins à combattre les effets des blessures.

Pourtant, en 1959, Burri réalise à nouveau un Sacco e Rosso de grandes dimensions, 150 x 130 cm qui est une synthèse à lui seul de toute la première partie de sa carrière artistique et peut-être aussi un hommage à l'expressionnisme abstrait de Rothko.

Cette oeuvre a été vendue pour £ 1,92M incluant premium par Christie's le 8 février 2007, à une époque où l'extrême originalité de l'art Italien d'après-guerre n'excitait pas encore le marché. Elle est estimée £ 9M à vendre par Sotheby's à Londres le 10 février, lot 12.