6 févr. 2016

Du Monochrome à l'Achrome

Yves Klein remet en cause la relation de l'oeuvre avec l'artiste et avec le spectateur. Les Monochromes ne peuvent plus évoquer aucune sorte de figuration. Comme avec Mondrian, la couche parfaitement appliquée n'est pas perturbée par l'effet du pinceau.

Klein est trop en avance sur son temps. Les visiteurs de son exposition choisissent les couleurs comme s'ils étaient chez un décorateur. L'artiste est choqué par cette interprétation. Dorénavant, tous ses monochromes devront être bleu Klein. Klein brevète son IKB. L'artiste est devenu un ingénieur de couleurs.

Piero Manzoni visite à Milan en 1957 une exposition composée de onze monochromes IKB identiques. Les Genus de Manzoni à l'huile et goudron sont déjà presque des multiples, comme les IKB. Manzoni s'inspire désormais de Klein tout en supprimant la couleur. Ses Achromes n'existeront que par et pour eux-mêmes. Ils sont l'aboutissement de l'intuition de Malevitch sur la dépersonnalisation de l'art et la prépondérance de la texture.

Manzoni plisse sa toile avant de couler son kaolin liquide. Il n'est pas maître des boursouflures et coulures de l'oeuvre dont l'achèvement est la phase de séchage. Cette approche anticipe d'autres pratiques de Klein par lesquelles la main de l'artiste ne touche plus le support matériel : oeuvres au lance-flammes, femmes pinceaux. L'artiste était autrefois un peintre, il est dorénavant un concepteur, un opérateur et un maître de cérémonie. Le happening a pénétré dans l'art.

Les Achromes de Manzoni sont des multiples. Les plus spectaculaires dans leur simplicité apparente montrent un réseau de plis horizontaux faiblement ondulants séparant deux zones lisses. L'un d'eux, 80 x 100 cm, réalisé en 1958, est estimé £ 5M à vendre par Phillips à Londres le 9 février, lot 14. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.