23 avr. 2016

Le Mensonge des Cartes

Mark Bradford trouve son premier emploi dans le salon de coiffure de sa mère à Leimert Park, un quartier résidentiel de Los Angeles qui est aussi un point focal de la culture Africaine-Américaine locale.

Devenu artiste, le jeune homme veut exprimer sa vision du mensonge social. Il trouve la matière de son art dans les déchets des prospectus aux brillantes couleurs qu'il trouve dans le magasin. Il les colle en couches successives sur des toiles de très grandes dimensions, avant de réaliser des arrachements par lesquels le dévoilement des strates inférieures donne une idée de la décadence.

Mark Bradford est fasciné par les cartes mais il sait qu'elles mentent, pour transmettre les idées et priorités sociales du cartographe. Il réalise des réseaux serrés qui ressemblent à des plans de ville mais ne sont identifiables à aucun quartier. Des zones moins denses donnent l'illusion des extrémités de la zone urbaine.

L'art de Bradford est assimilé à un mouvement dit Post-Black, signifiant que par opposition à Basquiat la revendication est plus sociale que raciale, et aussi plus intellectuelle que violente. Il est proche de la position de David Hammons regrettant que les noirs doivent s'adapter à une civilisation industrielle qui a été créée contre leur gré.

Ces deux artistes suscitent un intérêt croissant sur le marché de l'art. Restons avec Bradford : Constitution IV, 335 x 305 cm, réalisé en 2013, a été vendu pour £ 3,8M incluant premium par Phillips le 14 octobre 2015. Smear, 244 x 183 cm, réalisé en 2015, a été vendu pour $ 4,4M incluant premium par Sotheby's le 12 mai 2015.

Building the Big White Whale, 265 x 366 cm, réalisé en 2012, est estimé $ 3M à vendre par Phillips le 8 mai à New Yorklot 7. Réalisé l'année suivante dans une conception et un format très similaires, Biting the book, précédemment discuté dans cette chronique, a été vendu pour £ 2,55M incluant premium par Phillips le 12 février 2015.