20 avr. 2016

Rencontres avant l'Automne

La rencontre de Derain et Vlaminck avec Matisse lors d'une exposition consacrée à Van Gogh en 1901 à la Galerie Bernheim-Jeune est déterminante pour les deux jeunes artistes à la recherche d'un style nouveau. Vlaminck cherche désormais à s'appuyer sur l'art de Van Gogh pour exploiter la prééminence de la couleur sur le trait.

La visite de Matisse chez Signac à Saint-Tropez en 1904 est une autre étape importante de la création moderne. Matisse explore le pointillisme en utilisant des couleurs pures avec lesquelles l'expression va remplacer le réalisme.

Tous ces éléments convergent pour faire de 1905 une année clé de l'art moderne. Derain passe plusieurs mois à étudier la création artistique avec Matisse à Collioure, aboutissant à une utilisation de plus en plus rare du pointillisme.

Pendant ce temps Maurice De Vlaminck reste à Chatou dans l'atelier qu'il partageait avec Derain. Vlaminck est un personnage excessif, physiquement et par son comportement. Ses oeuvres de cette époque marquent des grandes variations de style autour d'une technique de divisionnisme.

Le 9 mai à New York, Sotheby's vend un Sous-Bois peint par Vlaminck pendant l'été 1905, huile sur toile 60 x 72 cm, lot 14 estimé $ 12M. Cette oeuvre dont la composition est joliment équilibrée comme un Cézanne est spectaculaire par l'utilisation de couleurs aussi brillantes que les Derain de Collioure. Le divisionnisme est poussé jusqu'à un minutieux pointillisme qui surprend dans le corpus de cet artiste impatient.

Quelques semaines plus tard au Grand Palais, le troisième Salon d'Automne consacre la vision prometteuse de ces jeunes artistes. La "cage aux fauves" se réfère probablement à une peinture du Douanier Rousseau mais l'utilisation des couleurs pures dans l'art dans un style plus proche de l'impressionnisme que de Gauguin et Signac devient le Fauvisme.

Le Sous-Bois ne figure pas parmi les cinq peintures de Vlaminck exposées au Salon d'Automne. Cette oeuvre n'apparaît pas avant 1951. Il est tout à fait possible que l'artiste préoccupé par la recherche d'une percée originale n'ait pas compris qu'il avait réalisé un chef d'oeuvre du Fauvisme pointilliste.

Vlaminck conclut peu après qu'il devra s'inspirer de Cézanne mais il ne comprend pas que Cézanne confrontait des couleurs claires. La palette de Vlaminck devient sombre et terne avec une triste répétition de villages vides. Il devient aigri jusqu'à un rejet scandaleux du modernisme auquel il avait cependant apporté une contribution essentielle en 1905.