2 mai 2016

Encore Lui !

Maurizio Cattelan ne manque pas d'humour quand il exhibe ses statuettes dans des situations invraisemblables. Le public aime ses auto-portraits à taille d'enfant. Il est aussi un provocateur social, dénonçant les hypocrisies avec ardeur.

Sa dérision du catholicisme prend la suite des grenouilles crucifiées de Kippenberger. En 1999, il expose une figure grandeur nature montrant le pape Jean-Paul II écrasé par un météorite. Le titre, la Nona Ora, est une allusion directe à la théologie de la mort du Christ.

Son oeuvre la plus provocante est Him, éditée en 2001 en trois exemplaires plus un exemplaire d'artiste, en cire, cheveux humains, costume, polyester et pigments.

Le personnage agenouillé dans la position de la prière a la taille d'un enfant mais porte un costume gris périmé à la mode des années 1930. Il est exposé de façon à être d'abord vu de dos. Quand on le contourne, on reconnaît la figure de Hitler avec sa mèche et sa moustache caractéristiques. Le spectateur qui avait été tenté de rire retrouve la mémoire de l'horreur du nazisme, qui reste encore pour beaucoup un sujet tabou malgré tant d'années.

Les déclarations faites par Cattelan montrent sans ambiguïté que Him est une alerte et pas une apologie. L'attitude de ce petit Hitler en pénitent de Canossa n'écarte pas le danger du racisme et du totalitarisme. Depuis 15 ans, Him a été abondamment exposé et commenté. Le succès d'une exposition en 2013 dans l'ancien ghetto de Varsovie confirme que cette oeuvre est ressentie comme un poignant message d'appel à la paix.

L'épreuve d'artiste est estimée $ 10M, à vendre par Christie's à New York le 8 mai, lot 39 A. L'essai du catalogue est signé par un rabbin. La vidéo partagée par Christie's suit la façon correcte d'exposer l'oeuvre pour dévoiler seulement au dernier moment le caractère insoutenable et cependant terriblement actuel de son message social.