25 juin 2016

L'Apocalypse de Keith Haring

Au début des années 1980, le Street art apparaît comme une alternative aux circuits bourgeois des musées et des galeries. Dans une ambiance exacerbée par l'acte illicite, les jeunes artistes expriment un besoin de chamboulement de l'ordre social établi. Ils n'ont pas de chance : au même moment le SIDA vient gâcher la fête.

Keith Haring est un militant. Il est gay et revendique la liberté sexuelle. Comme tant d'autres artistes, il explore le mystère de la vie et de la mort. Il met en scène une multitude de personnages sans visage dont les corps stylisés s'entremêlent, détruisant leur identité biologique et dépersonnalisant leur activité truculente.

L'homophobie se développe maintenant comme une interprétation sociale du nouveau virus. L'art de Keith est une opposition permanente contre cette assimilation. Selon la sensibilité écologiste de son temps, il proteste également contre les dégradations irréversibles de la planète.

Keith sait tout mélanger pour renforcer ses messages. La lecture de son art devient un jeu par lequel le spectateur cherche ses monstres et ses symboles parmi un dense réseau de dessins sur un fond monochrome. Il a retenu l'art brut de Dubuffet et anticipe Combas.

La maladie avance trop vite dans le corps de Keith. Il veut hurler son message en utilisant son style très reconnaissable dans des oeuvres grandioses. En 1989 il demande à son galeriste de lui fournir cent toiles de grandes dimensions et un atelier secret où ses amis ne viendront pas le déranger. Le SIDA lui laisse le temps de peindre trois toiles qui resteront comme les seuls témoins de son élan de créativité apocalyptique.

Le 28 juin à Londres, Sotheby's vend The Last Rainforest, acrylique et émail sur toile 182 x 243 cm provenant de la collection de David LaChapelle. Les symboles de toutes les menaces et de tous les espoirs sont éparpillés sur cette image. Le Radiant Baby, symbole de l'artiste lui-même et de ce qui reste de son espoir, a généré d'autres enfants qui grimpent à l'arbre de vie.

Cette oeuvre est estimée £ 2M, lot 15. Le tweet ci-dessous montre un détail.