30 juin 2016

Le Jardin d'Eichstätt

La plante est l'élément de base de l'apothicairerie. Les universités de médecine créent des jardins pour les étudier. Les naturalistes s'intéressent ensuite à leur variété et entreprennent des classifications. Les premiers jardins de fleurs conçus pour le simple plaisir apparaissent autour de 1600.

Le prince-évêque d'Eichstätt est passionné par les fleurs. Son jardin comprend huit sections ou terrasses dans lesquelles les plantes sont groupées selon leur origine. Il commande la maintenance du jardin et les dessins des fleurs à un botaniste-apothicaire de Nuremberg, Basilius Besler.

Besler réalise 366 planches avec en moyenne trois plantes par planche. Elles sont classées par saison et permettent d'observer les différentes phases de la plante. Le Hortus Eystettensis est imprimé en 300 exemplaires en 1613, dans un très grand format 54 x 42 cm. La version de luxe est seulement imprimée sur une face pour éviter l'ombre du verso, et colorée à la main. Elle est probablement le livre plus cher de son temps.

Des exemplaires commencent à circuler à Rome dans le cercle de l'Accademia dei Lincei. Cette académie est une des toutes premières sociétés savantes au sens moderne du terme. Son but est de comprendre la nature en s'appuyant sur une observation objective. En 1611, l'Accademia accueille dans ses rangs Galilée ainsi que Faber, le directeur du jardin botanique du pape.

Il était connu que l'un des tout derniers ensembles de planches non colorées a été commandé pour l'usage de Faber en 1617. On n'en savait pas plus. C'est sans doute celui-ci qui vient de faire surface.

Le 13 juillet à Londres, Christie's vend un exemplaire de luxe du Hortus Eystettensis, lot 173 estimé £ 800K. Il est complet des 366 planches de Besler, sans le texte botanique. Avant qu'il soit relié, il y a été ajouté quinze dessins et une planche d'une plante rare qui faisait la fierté du jardin du cardinal Farnese. Cette planche datée 1619 est dédiée à Faber. La totalité du livre a été colorée par une même main.

Notons l'intérêt considérable de l'aristocratie Vaticane pour les fleurs. Le travail scientifique de Besler est contemporain de l'étude artistique des fleurs tout au long de l'été 1606 effectuée par Jan Brueghel à l'incitation du cardinal archevêque de Milan.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's :