27 août 2016

La Vérité et l'Opinion

Le 21 septembre à New York, Bonhams vend en un seul lot trois documents autographes importants de l'Affaire Dreyfus, lot 1143 estimé $ 700K.

La Troisième République française, créée en 1870, se sent menacée par les Allemands qui ont annexé l'Alsace-Lorraine, et aussi par les anarchistes. Le cléricalisme et l'antisémitisme montent en puissance. La découverte de la fuite d'une information militaire génère l'Affaire Dreyfus en 1894.

L'armée se considère comme obligée de désigner un coupable. Par des arguments exclusivement graphologiques, Dreyfus est accusé de trahison et condamné au bagne. Cet officier est Alsacien et Juif. Malgré la pression de l'armée, Dreyfus refuse d'avouer.

La première lettre du lot est envoyée par Dreyfus en février 1895 au ministre des Colonies. L'officier déchu est à l'île de Ré en attente de sa déportation pour la Guyane. Au nom de la justice et de la liberté, il répète son innocence et son horreur de la trahison et insiste pour que l'enquête soit rouverte et que le vrai coupable soit identifié.

Son procès militaire avait été secret et arbitraire. La suite est inconcevable dans le monde moderne : l'armée considère que le premier procès a clos l'affaire. Quand des présomptions convergent sur Esterhazy, celui-ci a l'habileté de réclamer d'être jugé par le tribunal militaire. Le vrai espion est acquitté en janvier 1898 mais il s'exile à Londres.

La seconde lettre du lot est écrite par Esterhazy en août 1899 à son avocat. Il explique comment il est impliqué et continue à clamer son innocence.

Les républicains ont été offusqués du désintérêt du gouvernement sur la recherche de la vérité dans l'Affaire Dreyfus. A partir de novembre 1897, Emile Zola se décide à intervenir. Son prestige littéraire est énorme et sa position aura du poids. Au-delà de l'Affaire dont il connaît progressivement tous les détails, il exprimera que les vraies menaces sont la corruption, le secret et l'aveuglement.

Le troisième document est le manuscrit par Zola de sa Lettre à la France publiée le 6 janvier 1898. L'auteur exprime l'exigence de transparence. Ce texte est un des éléments préparant J'Accuse qui sera publié par L'Aurore une semaine plus tard.

Zola est conscient que sa position est moralement juste et juridiquement inacceptable. Un nouveau procès commence qui ne sera pas facile mais la conclusion sur le long terme est le caractère politiquement inacceptable des décisions arbitraires.