9 oct. 2016

La Poursuite d'Hérodiade

Pendant 34 ans Stéphane Mallarmé a poursuivi Hérodiade.

En 1864 il est un jeune poète âgé de 22 ans qui admire Baudelaire. Dans sa conception, la poésie transcende les mots pour atteindre l'émotion. Son premier objectif est le théâtre, cette littérature parlée qui permet les juxtapositions de rythmes et de sonorités.

Deux projets sont conçus simultanément. Hérodiade est le mythe d'un choc antique de civilisations. L'Après Midi d'un Faune est le prétexte d'une ode aux nymphes. Quand il commence Hérodiade quelques mois avant de travailler sur le Faune, il sait déjà que la perfection est impossible mais il veut résolument l'atteindre.

Le refus du Faune par le Théâtre Français est logique pour son époque et serait encore compréhensible de notre temps. Mallarmé est déjà trop abstrait pour pouvoir convaincre que son travail littéraire est en réalité un art absolu. Il abandonne l'idée de théâtre en faveur de la poésie mais maintient une structure en trois actes de son Hérodiade.

Les années suivantes marquent ses doutes métaphysiques. Inspiré par la lecture de Hegel il devient matérialiste. Le poète exprime désormais le néant. Le pouvoir est octroyé au verbe. Mallarmé serait un poète hermétique si seulement son texte avait une signification.

Mallarmé a travaillé son Hérodiade de 1864 à 1866 puis en 1887. En mai 1898 il redémarre avec un nouveau titre Les Noces d'Hérodiade. Mystère. Une fois de plus c'est en vain : Hérodiade restera éternellement inachevée par la mort de son poète le 9 septembre 1898.

Les manuscrits autographes des versions successives d'Hérodiade ont été reliées en un seul volume bien que les formats des feuillets soient variés. Ce livre prophétique d'une nouvelle tendance de la poésie française est estimé € 400K à vendre par Pierre Bergé et Associés en collaboration avec Sotheby's le 9 novembre à Paris (Drouot), lot 466.