15 oct. 2016

Les Totems Fauves d'Emily Carr

Emily Carr est née en Colombie Britannique. Son art unique en son genre est issu d'une curiosité tout aussi intense pour les avant-gardes que pour l'ethnographie tribale.

Emily visite les villages côtiers chaque année de 1908 à 1910 et réalise des aquarelles selon la bonne pratique traditionnelle des explorateurs. Elle emporte ses dessins avec elle pour un séjour de formation en France où elle est en relation pendant deux ans avec les artistes modernes.

Elle est tout de suite intéressée par le Fauvisme, qu'elle assimile comme une possibilité pour un artiste d'interpréter une scène à sa propre manière, selon sa propre vision et son propre tempérament. Elle ré-interprète aussitôt ses aquarelles Américaines à l'huile sur toile.

Emily a notamment visité 'Yalis (en anglais : Alert Bay), un village typique bien que de création récente. Le peuple Kwakwaka'wakw souvent désigné par le terme moins imprononçable Kwakiutl a su y profiter des avancées technologiques des colons blancs tout en maintenant une autonomie traditionnelle de plus en plus menacée par les progrès croissants des communications. Le plus haut totem pole du monde, 53 m de haut, est actuellement à Alert Bay.

Le 23 novembre à Toronto, Heffel vend une huile sur toile 65 x 47 cm peinte par Emily Carr juste avant ou juste après son retour en Colombie Britannique en 1912, lot 261 estimé CAD $ 900K illustré en dernière page du flyer annonçant la vente.

L'influence du Fauvisme fournit la dimension mystique supplémentaire souhaitée par l'artiste. Par comparaison avec l'aquarelle qui a servi de modèle le trait est simplifié. Les couleurs irréelles expriment l'ensoleillement de la rue et transforment en divinité fantôme la figure de bienvenue délibérément agrandie du premier plan.

De hauts totem poles sont alignés frontalement devant les façades des maisons blanches. Le pole plus proche est équipé d'une proéminente tête d'oiseau fantastique thunderbird avec le bec fermé. Un mécanisme d'ouverture du bec libérait l'accès pour pénétrer dans la maison. Un seul visiteur à la fois pouvait franchir cette rampe, par mesure de sécurité : les chefs Kwakiutl avaient certainement de bonnes raisons d'être méfiants.