22 oct. 2016

Quatre Filles Loin de la Rambarde

Edvard Munch veut être l'artiste de l'existence. Sa grande frise sur la vie, l'amour et la mort l'occupe depuis 1893 mais ne calme pas l'instabilité émotionnelle de sa propre vie.

Les espoirs légitimes pour une vie heureuse aboutissent impitoyablement aux amours interdites du Vampire, à l'avortement inavoué de Madonna et à la folie ouverte du Cri. Le trait et la couleur sont d'une expressivité cinglante, après Gauguin et Van Gogh, avant Matisse, Kirchner et Kandinsky.

Ses personnages jouent la tragédie d'une solitude mentale qui n'est pas annulée par leur présence à l'intérieur ou à proximité d'un groupe. Parfois la scène est limitée sur un côté par une interminable rambarde par-dessus laquelle un ou plusieurs acteurs viendront par moment méditer en se penchant au-dessus de l'eau. Cette similitude théâtrale est le terrible point commun entre le Cri, paroxysme de la terreur, et les très paisibles Filles sur le pont.

En 1901 et 1902, Munch peint plusieurs variantes des Filles sur le pont, avec une position différente des personnages. L'une de ces oeuvres apporte un peu plus d'espérance que les autres. Loin de la rambarde suicidaire, elle montre un groupe serré de quatre dans une position respective propice à l'ouverture d'une discussion mais quand même pas à l'échange des secrets.

Cette huile sur toile 101 x 102 cm peinte en 1902 a été vendue pour $ 30,8M incluant premium par Sotheby's à New York le 7 mai 2008. Elle revient dans le même lieu de ventes le 14 novembre, lot 12. Le communiqué de presse du 21 octobre annonce une estimation au-delà de $ 50M.