6 nov. 2016

La Très Longue Route d'Agnes Martin

Agnes Martin exprime et divulgue dans son art la quiétude parfaite de la nature. Elle partage avec les spectateurs de son oeuvre sa profonde imprégnation dans le Zen et le Taoïsme. Pour atteindre ce niveau de spiritualité, sa peinture est dénuée de formes, d'espace et de temps.

Au contraire, sa vie est une fuite poignante contre la folie. Elle est soumise à des hallucinations auditives et à des transes catatoniques, et un diagnostic de schizophrénie paranoïde a été porté. Dans la grande ville, elle oublie qui elle est, où elle est, accepte les expositions mais rejette la gloire et les catalogues. Elle déclare un jour qu'elle n'est pas une femme. Il semble que son cas était aggravé par une homosexualité contrariée qu'elle n'avoua jamais.

Elle prend en 1967 la décision de partir vers l'Ouest. Pour son cas, c'est la meilleure thérapie. Elle vit seule sans être réellement isolée mais refuse toute aide. Dans ses vagabondages dans le désert elle construit elle-même ses abris. Le grand âge aidera Agnes à retrouver une certaine vie sociale mais elle en ignore certains aspects délibérément. Jamais plus elle ne lira un journal.

De 1967 à 1974 elle cesse de peindre. Le 15 novembre à New York, Christie's vend un acrylique et graphite 183 x 183 cm réalisé dans la phase suivante de sa carrière, en 1983, lot 13 A estimé $ 5M.

Cet opus est constitué de dix rectangles gris identiques, équidistants et de même largeur sur un fond gris plus clair dont la luminosité est soigneusement travaillée. Agnes s'est souvenue à la fois du mysticisme et des rectangles de Rothko mais ne l'imite pas. La réalisation des rectangles est d'une parfaite netteté.

L'art d'Agnes Martin est minimaliste sans être simple. La difficulté pour cette artiste exigeante a été d'éviter ce qu'elle appelle une dissonance entre la position bien alignée de ses dix rectangles et le format strictement carré de la toile.