6 nov. 2016

Le Garçon

Chaim Soutine mettait toute son énergie dans son art. Il a connu Modigliani, La Ruche et la misère. Zborowski apprécie son talent expressif et réussit à convaincre Barnes en 1923. Soutine n'a plus de difficulté à vendre ses peintures mais cette transformation de sa vie modifie à peine ses thèmes et son style, et sa rage de création reste intacte.

Contrairement à Modigliani, Soutine variait ses thèmes. Le paysage ne l'intéressait pas réellement. Les viandes et les charognes apportent une communion de l'artiste avec son environnement par leur odeur insoutenable. Pour ce qui est de la dimension humaine, Soutine a choisi de montrer les plus humbles employés des hôtels et des restaurants.

Ces hommes ont leur propre vie mesquine et misérable au-delà du déguisement de leur travail. Ils sont laids et sans intelligence dans des uniformes parfois ridicules et toujours mal ajustés. C'est le portrait d'un pâtissier qui attira pour la première fois l'enthousiasme de Barnes sur l'art de Soutine.

Soutine était hypersensible. Il n'envisageait pas de pouvoir supporter l'effort émotionnel d'une séance de pose avec un de ses rares amis et ne pouvait pas non plus devenir un artiste mondain. Les pâtissiers, les garçons d'hôtel et les valets de chambre ont intéressé Soutine parce qu'il n'avait pas de sympathie pour eux. Leurs défauts sont à la fois pittoresques et monstrueux.

Le 16 novembre à New York, Christie's vend Le Garçon d'étage, huile sur toile 78 x 67 cm peinte vers 1928, lot 21 B estimé $ 6M.

Le personnage est résolument antipathique avec ses trop petits yeux sous d'épais sourcils, ses oreilles décollées et son nez épaté de boxeur ou de bagarreur. Il n'est plus un apprenti mais son âge est indéfinissable. Il est mal à l'aise dans son habit et son col est chiffonné.

Soutine n'expliquait pas son art. Je ne peux pas imaginer qu'il ait passé du temps en face de ce garçon d'étage. Il travaillait probablement de mémoire.