1 nov. 2016

L'Enfer Flamboyant de Clyfford Still

Clyfford Still est un pionnier. Il n'a besoin de personne pour développer un art nouveau. Professeur d'art à San Francisco de 1946 à 1950 il a une influence considérable qui sera longtemps sous-estimée. Dans le farouche isolement des trente dernières années de sa vie, il continue inlassablement à peindre pour libérer ses pulsions existentielles.

Obsédé par le thème de la lutte entre la vie et la mort, Still avait renoncé à une figuration morbide. Il travaille les couleurs flamboyantes de l'enfer en un impasto posé au couteau sur la toile. Son art abstrait est une déflagration qui produit une incandescence psychédélique. Il le définit alternativement comme une explosion ou comme une implosion.

Le noir de la mort et le rouge de la vitalité se juxtaposent avec la plus grande violence jusqu'à un équilibre qui restera toujours précaire, comme un rideau déchiré. Les autres couleurs sont des faire valoir de ces deux éléments primordiaux. Dans une puissante tendance à l'exacerbation des verticales, ces scènes abstraites souvent de large dimension peuvent être observées en contre-plongée comme une peinture mystique du Greco.

Le 16 novembre à New York, Phillips vend une huile sur toile 140 x 106 cm peinte vers 1948 ou 1949, lot 9 estimé $ 12M. Cet opus non numéroté a échappé au grand ensemble de l'oeuvre de Still actuellement conservé au musée de Denver parce qu'il l'avait donné en 1951 à un de ses meilleurs étudiants. Avant cette cession amicale l'artiste avait retravaillé cette peinture pour noyer dans le rouge intense quelques taches claires qui pouvaient contredire la force.

Ce créateur a fourni à ses confrères et concurrents les bases de l'expressionnisme abstrait. Il recouvre comme Pollock les surfaces qu'il considère comme inachevées. Il obtient dans les limites entre les blocs colorés une illusion de déchiquetage qui anticipe Rothko. Les luttes homériques pour le pouvoir vital entre les éléments dominants anticipent les créations du monde par Barnett Newman.