5 nov. 2016

Pop Art et Remake

Les jeunes artistes qui créent le pop art à la fin des années 1950 autour de Leo Castelli bousculent toutes les règles. Ils s'approprient des objets ou des images qu'ils réutilisent, ré-assemblent, transforment. Ces remakes sont des oeuvres d'art de leur propre droit qui n'ont plus besoin d'offrir une signification ou une émotion.

Elaine Sturtevant rejoint ce groupe d'hommes vers 1964. Elle choisit soigneusement leurs meilleures oeuvres et les plagie tout en utilisant adroitement leurs propres techniques. Ces copies d'appropriations entrent tout à fait dans la logique du pop art avec l'envie de multiplier ces images pour les pousser jusqu'au rang d'icônes.

Elle ajoute parfois discrètement un élément révélant sa sensibilité féminine comme les yeux bleus de sa Lichtenstein Frighten Girl. Cette huile sur toile 116 x 162 cm peinte en 1966 a été vendue pour $ 3,4M incluant premium par Christie's le 12 novembre 2014 sur une estimation basse de $ 600K. Le marché de l'art redécouvre Sturtevant.

Jasper Johns avait été avec Rauschenberg le plus audacieux de ces premiers réformateurs de l'art. Sturtevant utilise la technique de Johns à l'huile, encaustique et collage sur toile pour copier ses Flags et ses Targets.

Le 17 novembre à New York, Sotheby's vend un Johns Flag 96 x 143 cm peint en 1965, lot 32 estimé $ 3M qui est une des toutes premières ré-appropriations effectuées par Sturtevant.

Le drapeau de Johns est un des meilleurs symboles du pop art. Sturtevant ajoute en 1966 une référence additionnelle à l'histoire de l'art en se photographiant nue devant l'exemplaire qui vient maintenant en vente, en imitation des chronophotographies de Muybridge et indirectement en hommage au Nu descendant un escalier de Duchamp.

Rauschenberg avait été le premier ré-utilisateur. Il avait inséré un autre drapeau de Johns, plus petit, dans un assemblage réalisé en 1955 intitulé Short Circuit. Le Johns est volé dix ans plus tard sur l'oeuvre de Rauschenberg qui préfère demander à Sturtevant la copie avec laquelle il restaure son art vandalisé.