5 nov. 2016

Richter entre Bach et Cage

L'élan de créativité de Willem de Kooning à Long Island à la fin des années 1970 ouvre une nouvelle voie passionnante mais difficile à l'art abstrait, évoquant des paysages sans offrir la figuration. Bien qu'il n'y ait semble-t-il pas de lien entre les deux artistes, Gerhard Richter prolonge et complexifie cette approche.

Le fil conducteur de l'art de Richter est la perception. Avec une très vaste gamme de couleurs, il structure la peinture de façon à capter et conserver l'attention de l'observateur. Les interprétations sensorielles d'une même oeuvre peuvent être très différentes d'une personne à l'autre. La différenciation rétinienne dans la vision des couleurs apporte la profondeur. Les zones horizontales, verticales et parfois obliques évoquent le rythme.

Cette tendance atteint son apogée dans les années 1990. La peinture de Richter devient un art total qui peut se réclamer à la fois de Monet et de Bach.

L'opus 809 est une série de quatre huiles sur toile 225 x 200 cm peintes en 1994. Les couleurs sont variées d'une peinture à l'autre et une interprétation comme une collection de paysages est possible. Une intention musicale est tout aussi plausible. Bach, peint en 1992, rassemblait aussi quatre éléments.

Il ne fait aucun doute que Richter imprègne sa créativité d'impressions musicales tout au long de cette phase. Cage est un ensemble de six éléments peints en 2006. Resté méfiant vis-à-vis des élans mystiques de Rothko, Richter s'approprie la profession de foi de John Cage : "I have nothing to say and I am saying it".

809-3 appartient en propriété commune à la Tate et à la National Galleries of Scotland. Les trois autres 809 ont été achetés aux enchères en 2001 par Eric Clapton. 809-4 a été vendu pour £ 21,3M incluant premium par Sotheby's le 12 octobre 2012. 809-1 a été vendu pour $ 21M par Christie's le 12 novembre 2013. 809-2 est estimé $ 18M à vendre par Christie's à New York le 15 novembre, lot 28 A.