31 déc. 2016

La Supercar Décapotable

Créée au Texas en 1991, la société Hennessey Performance Engineering est spécialisée en car tuning, c'est-à-dire la modification de voitures de série d'autres marques pour atteindre des performances sans précédent.

L'installation à l'arrière d'une Lotus Exige d'un moteur de 7 litres Venom 1000 Twin Turbo est le résultat d'une intuition. Lancée en 2011, la Hennessey Venom GT entre aussitôt en compétition avec la nouvelle Koenigsegg Agera R pour les records de vitesse et d'accélération.

Le chanteur vedette du groupe Aerosmith, Steven Tyler, aime vivre à pleine vitesse. Il demande à Hennessey s'il peut se mettre au volant d'une Venom. Il est séduit et émet la suggestion d'une voiture décapotable. C'est audacieux parce que le cockpit fermé assure une protection du pilote. Hennessey réalise en 2012 pour Tyler une Venom GT Spyder, noire en extérieur et en intérieur.

En janvier 2013 une Venom GT atteint 200 mph (322 km/h) en moins de 15 secondes. La vitesse moyenne atteinte en avril de la même année sur une distance de 2 miles est 265 mph (428 km/h). La modification de structure avait très légèrement réduit les performances du spyder par rapport au coupé. Ce handicap est presque comblé : un spyder a atteint 427 km/h en vitesse de pointe en mars 2016.

Cette championne est trop rare pour être homologuée comme une voiture de production : la population totale de la Venom GT incluant les coupés et les spyders est de 12 unités.

Le Spyder de Tyler est la cinquième voiture de cette série et la première décapotable. Elle est offerte sans prix de réserve le 20 janvier à Scottsdale par Barrett-Jacksonlot 3003, au profit de Janie's Fund, l'oeuvre philanthropique créée par Tyler en partenariat avec Youth Villages pour venir en aide aux jeunes filles abusées.

28 déc. 2016

L'Exode à Grande Echelle

Contemporain de Dürer, Titien contribue à renouveler l'imagerie par un projet grandiose dans son thème et ses dimensions. Imprimé vers 1515, l'Engloutissement de l'armée de Pharaon par la Mer Rouge est une gravure sur bois composée de douze blocs en trois rangées de quatre pour une dimension totale de 123 x 222 cm.

Dans la tradition des images de batailles récemment renouvelée par Leonardo avec sa Bataille d'Anghiari, Titien offre une narration complexe. L'image globalement très équilibrée est centrée sur les flots, suffisamment houleux à gauche pour engloutir toute une armée de cavaliers et suffisamment calmes à droite pour mener les réfugiés Israélites sur une côte paisible.

Moïse dirige cette opération épique avec sa longue baguette. Près de lui, un chien défèque, symbolisant le fait que l'ennemi ne mérite que le mépris. Ce détail témoigne de la haine des Vénitiens pour les troupes Impériales à l'époque de la guerre de la Sainte Ligue.

Les jointures entre les douze blocs sont extrêmement précises et le graveur anonyme, qui n'était probablement pas l'artiste lui-même, a assemblé les douze feuilles avec le plus grand soin. Cet exploit technique est peut-être unique en son genre à cette époque.

Les exemplaires complets survivants sont extrêmement rares. L'un d'eux caractérisé par un très beau contraste a été vendu pour $ 850K incluant premium par Christie's le 30 janvier 2013 sur une estimation basse de $ 250K. Le 25 janvier à New York, Christie's vend un autre exemplaire caractérisé par une belle uniformité d'exécution, lot 77 estimé $ 200K.

De Daimler à Mercedes-Benz

La fusion de Daimler et Benz en 1926 n'interrompt pas la ligne de produits Mercedes. Une spécialité de Daimler était d'équiper ses voitures Mercedes de compresseur Roots.

Le haut de gamme était constitué depuis 1924 par les modèles 24/100/140 et 15/70/100. Une variante sportive 24/110/160 est introduite en 1926. Cette dénomination qui peut sembler bizarre aujourd'hui indique successivement la puissance fiscale et la puissance réelle en chevaux-vapeur sans et avec compression.

Poussée par le prestige des compétitions, la puissance croît. La nouvelle société Mercedes-Benz introduit le Typ S (Sportwagen) en 1927 et le Typ SSK (Super Sport Kurz) pour la compétition en 1928. Le Typ S est généralement équipé de l'énorme moteur de 6,8 litres.

En matière de carrosserie l'usine de Sindelfingen offre le haut de gamme mais le client peut aussi acheter le châssis et faire réaliser la carrosserie par un artisan.

Une Typ S 26/120/180 de 1927 par Sindelfingen a été vendue pour $ 5M incluant premium par Gooding en août 2011. Une voiture de même puissance carrossée en roadster torpedo par Saoutchik a été vendue pour $ 8,3M incluant premium par RM Auctions le 17 août 2013.

Le 19 janvier à Scottsdale, Bonhams vend une Mercedes-Benz Typ S 26/120/180 faite en 1928 qui a conservé son moteur d'origine. Elle a été carrossée en sports tourer à Berlin par Erdmann et Rossi. Elle est estimée $ 5M, lot 54.

26 déc. 2016

Le Dernier Spezial Roadster

La voiture de luxe commence à adopter une apparence plus moderne en 1939, avec Alfa Romeo et Mercedes-Benz. La guerre interrompt cet élan.

Le 20 janvier à Phoenix, RM Sotheby's vend une Mercedes-Benz 540K Spezial Roadster. Terminée en août 1939 sur commande spéciale et livrée à son propriétaire à Berlin, cette voiture apparaît comme l'ultime voiture de la plus prestigieuse lignée d'avant-guerre.

Elle est équipée des derniers perfectionnements offerts par Mercedes-Benz incluant la transmission à cinq vitesses. Sa carrosserie unique en son genre réalisée à Sindelfingen marque l'aboutissement des recherches esthétiques destinées à apporter à ce massif roadster à deux places l'élégance d'une voiture de sport.

Après guerre elle est utilisée pendant quelques années à Berlin-Est par des diplomates Soviétiques puis transférée en Russie. Devenue démodée, elle risque d'être délaissée quand un amateur parvient à la passer clandestinement en Suède en 1967. Après ces aventures, son état reste remarquablement authentique avec sa carrosserie et ses équipements d'origine incluant le châssis et le moteur en matching numbers.

Cette voiture a déjà été discutée deux fois dans cette chronique.

Le 20 août 2011, RM Auctions avait réuni cinq Mercedes-Benz démontrant magistralement l'évolution du haut de gamme de cette marque de 1935 à 1939. Dans l'ombre de l'éblouissante 540K Spezial Roadster 1937 de la collection Mann vendue pour $ 9,7M incluant premium, la voiture de 1939 avait été vendue pour $ 4,6M incluant premium sur une estimation basse de $ 3,5M. L'article partagé par Sports Car Digest illustrait ces cinq merveilles.

Son importance spécifique a été mieux valorisée ultérieurement. Vendue pour $ 7,5M incluant premium par RM Auctions le 16 août 2013, elle a ensuite commencé une prestigieuse carrière dans les concours d'élégance. Elle est estimée $ 7,4M dans la prochaine vente, lot 258.

Le Projet Commun de Vincent HRD et Indian

Après la Seconde Guerre Mondiale, tout doit être reconsidéré. Les anciennes sociétés ont des difficultés à adapter leurs produits aux nouvelles demandes de consommateurs désirant entrer dans un monde plus moderne.

En 1948 Phil Vincent, fondateur et patron de Vincent HRD, visite les Etats-Unis. Il rencontre Ralph Rogers, le Président de Indian Motorcycle. Leurs motos sont très différentes. La firme anglaise vient d'introduire la Rapide Series C, suffisamment puissante pour concurrencer BMW. La stratégie d'Indian est orientée vers des petites cylindrées.

Les deux patrons décident de proposer ensemble deux lignes de produits, chacune commençant par un prototype. Deux Indian Chief sont expédiées à l'usine Vincent de Stevenage.

Le premier hybride est la Vindian, avec un moteur Vincent Rapide équipant une Indian Chief. Le résultat n'est pas satisfaisant et le prototype est démantelé.

Le second projet, en 1949, semble plus prometteur. La Indian-Vincent est une Rapide Series C dont les composants les plus visibles comme par exemple le guidon sont extraits de l'Indian Chief. Les clients Américains apprécieront certainement cette puissante moto anglaise avec une apparence américaine.

Tout cela coûte cher. Avant la fin de l'année, Rogers démissionne et Vincent HRD est mis sous séquestre. Le projet Indian-Vincent est abandonné. Indian fait faillite en 1953 et Vincent HRD cesse ses activités en 1955 à cause de fortes pertes.

Le designer de Vincent, Phil Irving, avait été l'ingénieur en charge des deux projets communs. Le prototype Indian-Vincent lui est offert à la fin de 1949 quand il rentre dans son Australie natale. En 2001 un collectionneur Australien est stupéfait de sa dernière acquisition, une Vincent incomplète accompagnée d'équipements Indian. Il découvre l'histoire de cette moto unique en son genre et la reconstitue dans sa configuration de prototype.

La Indian-Vincent est estimée $ 250K à vendre par Bonhams à Las Vegas le 26 janvier, lot 187.

25 déc. 2016

Les Riches Marchands de Rhode Island

Idéalement placée face à l'Océan, la colonie de Rhode Island s'enrichit dans le commerce. John Goddard, qui a son atelier à Newport, est le meilleur fabricant de meubles de la période coloniale et un important fournisseur de la famille Brown établie à Providence.

Les meubles de Goddard sont très élégamment ciselés. Le bureau-bibliothèque livré à Nicholas Brown a été vendu pour $ 12,1M incluant premium par Christie's en juin 1989.

Pour la même famille, Goddard a produit plusieurs exemplaires de sa table à thé en acajou au plateau finement ourlé. La transaction entre Goddard et John Brown est documentée en 1760. Nicholas Brown commande une table à son tour et la reçoit en 1763.

Vers 1765 Nicholas a besoin d'une autre table. Le riche marchand n'est pas content des délais d'exécution de Goddard pour la commande précédente. Le second meuble est une réplique réalisée par un concurrent non identifié. Les tiroirs seront ajoutés autour de 1800, après la mort de Nicholas Brown.

Les deux tables ont été conservées dans la descendance du premier propriétaire, à un moment dans deux branches de la famille, et ont été réunies à nouveau en 1970. La table attribuée à Goddard a été vendue pour $ 8,4M incluant premium par Sotheby's le 22 janvier 2005. La réplique est estimée $ 800K à vendre par Sotheby's à New York le 21 janvier, lot 4231.

La Pagode Anglaise

Agrémentées d'automates, les pendules anglaises et les montres suisses sont très appréciées à la cour impériale des Qing à la fin du XVIIIème siècle de notre calendrier. Des productions sont réalisées spécifiquement pour cette exportation, bientôt suivies d'un atelier de fabrication d'horloges à automates à Guangzhou. Cette industrie est malheureusement très peu documentée.

Le 21 janvier à Pittsfield MA, Fontaine's vend une horloge anglaise conçue pour plaire aux Chinois, lot 118 estimé au-delà de $ 800K. Voici le lien vers le communiqué de presse.

Sa forme est inspirée de la tour de porcelaine ou pagode de Nankin, créée sur demande de l'empereur Yongle des Ming pour être le chef d'oeuvre de la dévotion Bouddhiste. Cet élégant monument détruit par les rebelles Taiping entre 1856 et 1860 était constitué de neuf niveaux de surfaces décroissantes pour une hauteur totale de 80 mètres. Il fut longtemps le plus haut bâtiment du monde, situé à Nankin qui était la plus grande ville du monde.

La pendule à vendre a été récemment trouvée dans un sous-sol. Elle a été nettoyée et est en état de fonctionnement. L'automate rétrécissant les niveaux est déclenché toutes les deux heures ainsi qu'une musique exécutée avec des clochettes disposées à tous les niveaux sur une mélodie qui était populaire au temps des Qing. La hauteur totale de l'instrument en position déployée est d'environ 1,25 m.

Cette horloge n'est pas unique : un exemplaire similaire a été exposé à Macao en 2004. On n'en sait pas plus sur ses origines, certainement antérieures au développement des ateliers d'horlogerie des Qing. Aucune imitation Chinoise n'est indiquée au catalogue de la maison de ventes.

Depuis un an Fontaine's a offert à plusieurs reprises des horloges Chinoises. Une horloge faite à Guangzhou au XIXème siècle a été vendue pour $ 1,27M incluant premium le 21 mai 2016.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Fontaine's pour introduire l'horloge anglaise :

La Jaguar Type E Lightweight

Jaguar développe un successeur de la très prestigieuse Type D. Un prototype est engagé aux 24 heures du Mans en 1960. Quand le Type E est lancé commercialement en 1961, Enzo Ferrari considère que c'est la plus belle voiture jamais faite. Elle anticipe cependant d'un an seulement le chef d'oeuvre de la marque Italienne, la 250 GTO.

Jaguar vise la compétition en catégorie GT en laissant filtrer l'information d'un Type E Lightweight en alliage d'aluminium. Il semble évident a posteriori que cette ambition n'était pas prioritaire. 18 châssis sont préparés mais seulement 12 voitures sont assemblées : le premier prototype engagé à Silverstone en mai 1962 est suivi par la production simultanée de 11 unités en 1963.

Les concurrents ont progressé plus vite que Jaguar. Il est trop tard. Si elle était sortie un an plus tôt, la Jaguar Type E Lightweight aurait pu glaner les premières places malgré la fragilité de son moteur. Jaguar perd sa motivation, refusant d'écouter les suggestions d'améliorations de ses clients. Les six derniers châssis de la série de 18 seront exhumés en 2014 pour une opération de prestige.

L'une des 11 voitures assemblées en 1963 est vendue à Bob Jane et obtient des succès honorables dans les compétitions Australiennes. Elle est restée dans un remarquable état d'origine avec environ 6500 Km au compteur. Elle n'a jamais été restaurée ni réparée à l'exception du remplacement du moteur en 1966.

Cette voiture sera vendue par Bonhams à Scottsdale le 19 janvier, lot 24. L'estimation entre $ 7,5M et 8,5M annoncée dans le communiqué de presse du 1er décembre n'est pas confirmée dans le catalogue. Ce prix est peut-être insuffisant pour ce très authentique exemple d'une des plus belles voitures de son temps, justifiant également d'un bon historique de compétition.

24 déc. 2016

Le Trésor du SS Central America

La Ruée vers l'or de Californie a nécessité le développement d'une logistique pour exploiter le précieux métal. Les essayeurs, localisés à San Francisco, Sacramento et Marysville, purifient l'or et le conditionnent en lingots. Ils sont responsables de la garantie sous forme d'une inscription sur le lingot incluant le poids en oz (ounces), la pureté et la valeur en US dollars.

Les lingots d'or sont acheminés par bateau jusqu'à New York en passant par Panama. En septembre 1857 le naufrage du SS Central America pris dans une tornade au large des côtes de la Caroline avec une cargaison de 9,1 tonnes génère une pénurie d'or catastrophique.

Les essayeurs travaillaient dans la discrétion et leurs sociétés étaient souvent de courte durée. L'exploration de l'épave à partir de 1986 a apporté des informations inédites sur leurs réalisations.

Trois essayeurs dominent le trésor du SS Central America. Les deux plus importants sont Kellogg and Humbert et Harris, Marchand. Connu aussi pour ses créations de monnaies, Augustus Humbert avait précédemment participé à la création du bureau officiel, l'US Assay Office de San Francisco. Une brique valorisée à $ 17,433.57 par Kellogg and Humbert a été vendue pour $ 8M en vente privée en 2001.

En plus du poids, la pureté est une caractéristique essentielle qui démontre le savoir faire de l'essayeur. Un lingot valorisé à $ 3,389.06 par Harris, Marchand par un poids de 174.04 ounces et une pureté sensationnelle de .942 a été vendu pour $ 900K incluant premium par Stack's Bowers le 9 août 2012.

L'opération du troisième essayeur, Justh and Hunter, a été très brève, de 1855 à 1858. Avec une expérience préalable très limitée en métallurgie, ils avaient réussi à obtenir industriellement une des meilleures puretés en utilisant un procédé parisien à base de gaz chaud.

Le 5 janvier à Fort Lauderdale, Heritage vend cinq lingots récupérés du SS Central America. Les plus importants sont un lingot de 327.97 ounces et pureté .909 valorisé à $ 6162.78 par Justh and Hunter, lot 6146, et un lingot de 152.96 ounces et pureté .886 valorisé à $ 2801.49 par Kellogg and Humbert, lot 6148.

Une Packard pour Al Jolson

Avant la Grande Dépression, Packard domine le marché de la voiture Américaine de luxe. Le groupe Cord incluant la marque Duesenberg est son principal concurrent avec des voitures de très haut de gamme. Cadillac et Chrysler sont aussi sur ce marché.

Une des raisons du succès de Packard est la régularité de ses modèles qui évoluent peu, sans surprise pour les clients. La différenciation des châssis par séries séquentielles permet d'apporter quelques améliorations sans chambouler la désignation des modèles.

En 1932, malgré toute sa prudence, la marque doit réagir. La configuration de moteur en V12 nommée Twin Six, qui avait fait le succès de Packard autour de 1920, réapparaît. La nouvelle Packard Twin Six devient plus logiquement la Packard Twelve quelques mois plus tard, certainement pour éviter toute confusion avec les modèles périmés.

La même année, Packard imite ses concurrents par une autre avancée. Avec la coopération du carrossier Raymond Dietrich, Packard offre désormais à ses riches clients des carrosseries sur commandes spéciales qui seront réalisées à l'unité et souvent copiées en très petite quantité.

Al Jolson est une des personnalités les plus populaires du music-hall, resté légendaire pour sa participation au tout premier film sonore, The Jazz Singer, en 1927. Il se laisse tenter par cette nouvelle offre de Packard.

Le 20 janvier à Scottsdale, Gooding vend au lot 038 la Twin Six Packard 906 de la neuvième série carrossée en 1932 en sedan décapotable pour Jolson. Voici le lien vers le communiqué de presse. Avec son pare-brise divisé en V, cette imposante limousine prend une apparence sportive qui en fait un chef d'oeuvre de Dietrich.

La collaboration entre le fabricant et le carrossier atteint son point culminant en 1934. Dans un style similaire au sedan, une prestigieuse victoria décapotable de la onzième série est restée invendue à RM Auctions le 10 mars 2012 en raison d'un prix de réserve excessif. Egalement de la onzième série, un élégant coupé a été vendu pour $ 4,6M incluant premium par RM Sotheby's le 2 mai 2015.

18 déc. 2016

Paris au Temps des Suffragettes

Le 8 janvier à Newport Beach CA, Theriault's vend 400 lots provenant de la collection du Musée de la Poupée à Paris. Parmi elles une poupée Albert Marque apporte une information nouvelle sur ce modèle et son message. Elle est estimée $ 120K, lot 28.

Les poupées Albert Marque sont un modèle unique de 56 cm de haut dont environ cent pièces ont été habillées en garçon ou fille par la couturière Margaine-Lacroix, constituant une histoire du costume.

Ces pièces sont numérotées mais n'ont pas été documentées ni listées. Elles ont été dispersées après l'exposition Margaine-Lacroix en 1915 et malgré leur qualité il est bien difficile de construire une vision globale de cette réalisation qui était unique en son genre.

La poupée à vendre est une des premières, avec le numéro de série 5. Contrairement à ses soeurs passées récemment en vente, elle ne raconte ni l'histoire ni le théâtre : elle est une suffragette, identifiée comme Mrs Haverfield. Elle porte un manteau tous temps qui permet une activité de plein air et est accompagnée de deux autres costumes dont l'un porte la marque de Margaine-Lacroix.

Malgré la guerre, Margaine-Lacroix était donc attentive aux évènements sociaux internationaux. Les suffragettes mènent des actions violentes en Angleterre et aux Etats-Unis mais ne sont pas actives en France.

Evelina Haverfield est l'exemple d'une suffragette anglaise née dans la petite aristocratie et qui s'était récemment radicalisée. L'expression réfléchie de la tête conçue par Albert Marque, volontairement accentuée par des yeux trop grands et une petite bouche, convient parfaitement à la concentration de Mrs Haverfield sur ses positions sociales avancées.

Présentée avec sympathie, cette poupée démontre une attirance de Margaine-Lacroix pour la promotion de la femme. Les suffragettes Britanniques obtiendront le droit de vote trois ans plus tard, suivies aussitôt par les Américaines. La jolie suffragette de Margaine-Lacroix n'a pas eu d'influence : les femmes françaises ont attendu le droit de vote jusqu'en 1944.

Naissance du Yen

Les Japonais étaient las de leur civilisation arriérée. Le début de l'ère Meiji en 1867 est l'occasion de rejoindre le monde moderne.

Un nouveau système monétaire est indispensable pour mettre fin au monnayage archaïque de la période Tokugawa. L'appellation de la nouvelle référence, le yen signifiant simplement 'pièce ronde', démontre bien l'étendue du retard Japonais par rapport aux autres monnaies du monde. La fermeture définitive de l'usine Britannique de Hong Kong en 1868 est une aubaine pour les Japonais qui acquièrent cet excellent matériel de production et l'installent à Osaka.

Des pièces d'essais sont réalisées en Meiji an 3. Les pièces d'or de 20 yen et 10 yen sont convaincantes. Leurs figures, avec d'un côté des dragons centrés dans un pourtour d'inscriptions et de l'autre côté un soleil radiant flanqué de bannières et de chrysanthèmes, sera réutilisé pendant plusieurs années. Le nouveau système devient officiel en Meiji an 4.

Une production de prestige est effectuée en Meiji an 13, 1880 de notre calendrier, incluant en faibles quantités toutes les dénominations en or, argent et cuivre sauf la trop petite 1 rin valant 1/1000 yen, Cet ensemble de 13 variétés était certainement destiné à rester groupé à l'usage de cadeaux. Aucun ensemble complet n'a été conservé en mains privées et les pièces individuelles sont devenues rares du fait des fontes liées aux évènements tragiques du XXème siècle.

Les deux plus grosses pièces d'or sont les plus intéressantes. La collection du Dr Jacobs, dispersée par Heritage en septembre 2011, incluait une 20 yen an 13 gradée PF 63 par NGC, vendue pour $ 230K incluant premium, et une 10 yen an 13 de même grade, vendue pour $ 253K incluant premium.

Un collectionneur a réuni 11 pièces an 13 parmi les 13 possibles. Cette collection est dispersée par Heritage à New York le 9 janvier. La 20 yen gradée PF 64 Cameo par NGC, est estimée $ 180K, lot 34340. La 10 yen de même grade est estimée $ 150K, lot 34339.

Ferrari avec Lampredi et Vignale

Enzo Ferrari était extrêmement exigeant mais son très bon choix de collaborateurs et de sous-traitants a assuré son succès au début des années 1950.

Aurelio Lampredi développe le moteur V12 de Ferrari en augmentant la puissance. La marque peut désormais développer une ambition légitime en Formule 1 et en course d'endurance tout en aguichant la clientèle privée des voitures de sport.

En 1950 la Ferrari 340 équipée d'un moteur Lampredi 4,1 litres est le premier modèle offrant une version America. Par économie de moyens pour la très récente marque, certaines voitures plus anciennes sont reconfigurées en 340 America. La culmination de cette ligne de produits est la 410 Superamerica avec un Lampredi de 5 litres, sortie en 1955.

Ferrari utilise un réseau de sous-traitants pour la carrosserie : Vignale, Touring, Ghia. L'élite de cette gamme est équipée en barchetta ou en spider avec un design minimaliste conçu pour l'efficacité. Sur un total de vingt-deux 340 America, trois voitures reçoivent une configuration exclusivement Competizione.

Construite en 1951, une 340 America a été vendue pour € 7,3M incluant premium par RM Sotheby's le 14 mai 2016. Elle avait conservé son moteur d'origine et sa carrosserie avait été récemment rétablie dans sa configuration Le Mans 1951 en barchetta Touring.

Le 19 janvier à Scottsdale, Bonhams vend une 340 America de 1952 équipée de son moteur d'origine et rétablie en 2000 dans sa configuration Mille Miglia 1952 en spider competizione Vignale. Elle est estimée $ 7,5M, lot 44.

L'image de cette voiture dans sa carrosserie actuelle est partagée sur Wikimedia.
Attribution : By paPisc from Bologna (178 293XUCUploaded by High Contrast) [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

Ferrari 340 America Spyder Vignale at Mille Miglia 2012

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Petrolicious et Bonhams :

14 déc. 2016

Une Coiffure Délicate

Le chignon en double éventail des femmes du groupe ethnique Luba du Congo fut une mode qui dura plusieurs décennies autour de 1900. Il fallait environ cinquante heures pour réaliser cette coiffure spectaculaire et encombrante qui était forcément réservée à une élite.

Pour conserver cette coiffure pendant deux ou trois mois, la femme Luba dormait avec un appuie-tête. Ces petits accessoires sont l'exemple exceptionnel d'un type d'objet qui atteint les sommets de la créativité tribale Africaine sans être mystique.

Le coussin en bois légèrement incurvé est positionné à 17 cm de hauteur par une ou deux figures caryatides portant le double chignon. Les spécialistes reconnaissent six variantes iconographiques regroupées en deux styles qui sont l'oeuvre de deux artistes différents répertoriés ensemble sous le nom de Maître de la Coiffure en Cascade.

Par sa fonction même cet objet devait être robuste sans être lourd. Le Maître de la Coiffure en Cascade a obtenu des équilibres plaisants entre la matière et le vide, que la caryatide soit centrale ou duale.

L'un de ces modèles connu en quatre exemplaires est composé de deux figures assises face à face. Les bras tendus entre les deux personnages apportent une impression de grande sympathie tout en formant une élégante entretoise.

L'une de ces pièces a été vendue pour € 1,35M incluant premium par Sotheby's le 6 juin 2005 sur une estimation basse de € 200K.

Un exemplaire est à vendre à Drouot (Paris) le 15 décembre par Millon en coopération avec Christie's. Charles Ratton l'avait donné à son épouse qui l'a conservé pendant un demi-siècle. Il est estimé au-delà de € 500K, lot 40 sur le catalogue partagé par Drouot.


11 déc. 2016

Victoria et le Lion

William Wyon est depuis 1828 graveur en chef à la Royal Mint. En 1834 il réalise un portrait de l'héritière présomptive du trône d'Angleterre, la princesse Alexandrina Victoria âgée de 15 ans.

La jeune femme encore célibataire devient en juin 1837 la reine Victoria. Wyon réalise le portrait à la tête jeune qui est utilisé sur les monnaies Britanniques à partir de 1838 et sur les timbres postes dès leur première émission en 1840. La très large dissémination de cette figure contribue à ramener une indéniable sympathie du public las des scandales des générations précédentes des Royals.

La pièce d'or de £ 5 de 1839 est le chef d'oeuvre de Wyon. La face est le portrait à la tête jeune, inscrit 'Victoria DG (pour Deo Gratias) Britanniarum Regina FD (pour Fidei Defensor)'. Le revers montre la scène d'Una et le Lion avec Victoria dans le rôle d'Una et l'inscription 'Dirige Deus Gressus Meos' (Que le Seigneur dirige mes pas).

Una est l'allégorie de la Vraie Eglise dans un poème de 1590 par Spenser. La réutilisation de cette figure par Wyon pour symboliser l'espoir d'une saine et forte redirection de la monarchie Britannique restera extrêmement populaire en Angleterre pendant tout le règne de Victoria.

A cette époque l'habitude est déjà prise d'utiliser les pièces de première frappe d'une nouvelle édition monétaire pour offrir en prestige et pour vendre aux numismates. Le 13 janvier à New York, Stack's Bowers vend au lot 2477 une collection complète des quinze pièces émises par la Royal Mint en 1839, du farthing au sovereign.

Il apparaît évident que cet ensemble a été constitué dès l'origine et n'a jamais été séparé. Ces pièces ont une similitude de patine laissant supposer qu'elles ont été longtemps conservées dans une même boîte et elles ont été examinées ensemble par NGC qui les a gradées entre Proof-63 et Proof-66. La £ 5 Victoria-Una est une pièce magnifique Proof-63 Ultra Cameo. Le lot est estimé au-delà de $ 200K.

4 déc. 2016

Dans la Poche du Chasseur

Patek Philippe dépose un brevet en 1889 pour le mécanisme du calendrier perpétuel. Lentement mais surement la marque Suisse crée le marché des montres de poche à grande complication. Dans les premiers temps l'activité reste confidentielle et sur commande spéciale.

Le spécimen Palmer, réalisé en 1898 et vendu en 1900, est une découverte récente. Cette montre a été vendue pour $ 2,25M incluant premium par Christie's le 11 juin 2013.

Le spécimen Allen, commandé en 1904 et livré en 1905, vient de faire surface. Cette montre est estimée $ 400K à vendre par Christie's à New York le 6 décembre, lot 42.

Ses complications incluent le calendrier perpétuel, le chronographe à rattrapante, la répétition des minutes, les phases de la lune. Faite sur commande, elle est le seul cas connu d'une montre de poche Patek Philippe de grande complication dans un boîtier de chasseur (hunter case) également appelé style Louis XVI, signifiant qu'elle est équipée d'un capot métallique protégeant le cadran contre la poussière.

Sur le pourtour du cadran, le nom de la cliente, C.B.C. Allen, remplace les chiffres des heures. La montre offre également un portrait de cette dame gravé à l'intérieur du couvercle et une dédicace à son mari le Dr Allen à Shreveport, Louisiane.

Patek Philippe avait dans sa clientèle un joaillier de St. Louis, Missouri et était présent en 1904 à l'exposition universelle organisée dans cette ville. La très inhabituelle identification du client dans le cadran, précédemment réalisée sur deux autres montres de poche à hunter case livrées à ce client, apparaît comme une éphémère fantaisie locale.

Patek Philippe était décidément très actif en 1904. La première montre à grande complication à l'usage de James Ward Packard date également de cette année-là.

Acajou et Galuchat

L'Art Déco français atteint son apogée à Paris avec un grand évènement spécialisé intitulé Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes.

Cette ambitieuse exposition est ouverte d'avril à octobre 1925 sur le modèle des Expositions Universelles. Le succès auprès du public est considérable. La France apparaît comme le promoteur d'un luxe nouveau. L'architecture et le meuble sont inspirés des avant-gardes artistiques. Les formes sont simplifiées, les proportions sont équilibrées et l'utilisation de bois et cuirs rares est encouragée.

L'un des pavillons simule Une Ambassade Française, sous le patronage du ministère des Beaux-Arts. Chaque pièce est confiée à un décorateur différent, sélectionné parmi les meilleurs de leur spécialité : Mallet-Stevens, Jourdain, Chevalier, Groult, Chareau, avec également la participation active de Ruhlmann.

André Groult conçoit la Chambre de Madame de cette ambassade imaginaire. Son cabinet anthropomorphe libère ce type de meuble de rangement des contraintes des lignes droites. La commode est en acajou entièrement couvert de galuchat blanc. L'acajou a été choisi parce que ce bois est suffisamment fort pour résister à la rétraction de la peau de raie.

Une Américaine résidant à Paris est séduite par cette réalisation et commande à Groult un ensemble similaire qui sera réalisé entre 1926 et 1928. La commode 90 x 131 x 47 cm réalisée par Chanaux et Pelletier est gainée de galuchat vert à gros grains disposé sur chaque pièce de bois en un motif de triangles rayonnants qui est un superbe exemple d'art abstrait pointilliste.

La commode verte a été vendue pour € 1,25M incluant premium par Christie's dans la vente de la prestigieuse collection Dray le 8 juin 2006, sur une estimation basse de € 250K. Elle est estimée $ 700K à vendre par Sotheby's à New York le 14 décembre, lot 259.

3 déc. 2016

La Bible traduite en Massachuset

La Nouvelle Angleterre est peuplée par les Puritains qui fuient l'Angleterre des Stuart. Ils organisent les colonies selon leurs principes religieux. Le vent tourne avec la révolution régicide de 1649. Le parlement anglais désormais tout-puissant prend des dispositions nouvelles.

Le roi Charles I est exécuté en janvier 1649. Le 27 juillet, le Parlement émet l'Acte pour la promotion et la propagation de l'Evangile de Jesus Christ en Nouvelle Angleterre. Les Indiens sont désormais considérés comme des êtres humains qu'il faut empêcher de se fourvoyer. Les missionnaires seront financés par une Corporation anglaise sans intervention de l'administration coloniale.

Arrivé en 1631 dans la Massachusetts Bay Colony, John Eliot consacre toute sa longue vie à l'évangélisation des Indiens. La langue Massachuset n'a rien de commun avec l'anglais et n'est pas écrite. Eliot comprend qu'il est illusoire d'utiliser l'anglais pour convertir les Indiens. Il établit une transcription phonétique d'un dialecte Massachuset local, le Natick, et traduit la Bible de Genève.

Ce travail occupe Eliot pendant quatorze ans. Le Nouveau Testament est prêt en 1661 et l'Ancien Testament deux ans plus tard. Pendant ce temps, dans la suite du Bay Psalm Book publié à Cambridge en 1640, l'impression se développe en Amérique. La Bible Natick de John Eliot est imprimée en 1663 sur une nouvelle presse installée en 1659, également à Cambridge.

Cette Bible Indienne est la toute première Bible imprimée en Amérique. Elle est aussi et surtout le seul exemple d'un livre imprimé pour établir une communication avec un groupe illettré. Le seul travail similaire est la traduction de la Bible en langue Gothique par Ulfilas 1300 ans plus tôt.

Eliot avait vu juste et le succès de sa Bible est considérable. En 1674, la population Chrétienne des Indiens Massachuset est estimée à 1400 personnes, converties par la Bible traduite pour leur usage par Eliot.

Ce livre avait été édité en vue d'une utilisation intensive et la plupart des exemplaires ont été lus jusqu'à l'usure totale. Un exemplaire resté propre auquel on peut seulement reprocher une décoloration du papier est estimé $ 175K à vendre par Sotheby's à New York le 5 décembre, lot 140.