22 févr. 2017

Le Champion Flétri

En 1982 Jean-Michel Basquiat glorifie le champion sportif Noir Américain, les deux bras levés en signe de victoire dans des peintures grandeur nature. L'oeuvre 183 x 122 cm à vendre par Sotheby's à Londres le 8 mars, lot 13 estimé £ 14M, apporte une autre lecture.

Le champion est devenu minable. Ses bras aux articulations disjointes sont des branches d'arbre mort et sa couronne d'épines est molle comme une montre de Dali. La grande couronne récompensant le vainqueur est intacte en bas à droite mais on ne peut pas savoir qui va s'en emparer.

Le jeune artiste maîtrise le mélange des techniques : acrylique, spray et oilstick. Il prend cependant soin de traiter le point fort de l'image, la tête du personnage, par un ersatz d'art : une simple photocopie sur laquelle figure un seul oeil, autre signe évident de la dégénérescence de son héros.

Basquiat est un militant passionné de la supériorité des Noirs mais ce cauchemar n'est pas un accident dépressif dans son oeuvre, sinon il l'aurait modifié ou détruit. Il semble que l'artiste ait compris depuis toujours que son combat n'a aucune chance d'aboutir. Cette peinture est un chef d'oeuvre d'auto-dérision bien plus expressif que sa dérive des années suivantes vers le hurlement d'un message politique sans espoir.