19 févr. 2017

Le Chemin de la Clarté

Autour du peintre figuratif Milton Avery, les jeunes artistes de New York cherchaient la simplification des formes. Exégète d'Eschyle et de Nietzsche, Mark Rothko considérait qu'une peinture simplifiée pouvait renforcer l'expression des passions les plus extrêmes. Ce théoricien n'écrivait pas : son but était de donner l'exemple par son art.

Une rencontre et un drame personnel le mettent sur le chemin de la clarté. En 1943 Rothko rend visite à Clyfford Still en Californie. L'art de Still est une confrontation des forces représentées par des champs abstraits de couleurs aux bords déchiquetés par la violence.

La mère de Rothko meurt en octobre 1948 des suites d'une longue maladie. L'artiste exprime son chagrin intense en dessinant des rectangles horizontaux vides dans une colonne verticale. Ce qui aurait pu être un simple alignement de tombes devient une nouvelle expression des forces quand il remplit ces figures géométriques avec différentes couleurs monochromes.

En 1949 Mark Rothko explore ce nouveau langage auquel il adjoint une recherche perfectionniste de la luminosité. Douze oeuvres sont sélectionnées pour une exposition qui se tiendra en janvier 1950 à la galerie de Betty Parsons à New York. Elles seront numérotées de 1 à 12 dans la séquence choisie par l'artiste pour l'accrochage. Plus tard Rothko numérotera ses opus de façon similaire en recommençant avec un No 1 à chaque nouvelle année.

Le 7 mars à Londres, Christie's vend au lot 11 No. 1 (1949), huile sur toile 199 x 98 cm.

Les rectangles sont limités par des traits épais de couleurs différentes. L'élément supérieur jaune citron attire en premier le regard par sa luminosité. L'élément central offre une structure interne, comme le labyrinthe d'un de ces monstres mythiques auprès desquels Rothko cherchait autrefois son inspiration. No. 1 ressemble ainsi au plan d'un théâtre préparé pour exacerber les passions, entre deux camps antagonistes caractérisés par des couleurs opposées.