19 févr. 2017

Les Gribouillages de l'Hourloupe

Jean Dubuffet est un grand révolutionnaire de la création artistique. Réutiliser les styles, les thèmes et les techniques de ses prédécesseurs serait une honte pour lui. Il ne suit aucun maître mais est attentif à la représentation graphique du monde par les malades mentaux. Il n'existe pas de réalité absolue. Chaque artiste construit un univers différent.

En 1962 Dubuffet est au téléphone. Il laisse son stylo-bille errer sur le papier du carnet. Il raccroche le combiné et regarde son gribouillage, un nouvel avatar d'écriture automatique qu'il complète avec des hachures. Le résultat non figuratif ressemble au tissu urbain illimité de son cycle Paris Circus. Il va désormais explorer son nouveau langage fait de traits sinueux générant une multitude de petites zones fermées qui peuvent être remplies de couleurs pures comme dans un Mondrian et révéler des figures anthropomorphiques.

Il crée le nom d'Hourloupe pour décrire son nouveau style en donnant des explications variées sur l'étymologie de ce mot dont la sonorité lui plaît. Il faut surtout retenir la proximité avec Entourloupe : l'artiste est forcément un interprète subjectif, donc il est un menteur et un tricheur. Dubuffet est sans doute le premier à redéfinir l'artiste d'une façon totalement opposée aux traditions bienséantes.

Dubuffet donne l'exemple. Pendant 22 ans il perfectionne son Hourloupe jusqu'à donner à ce style farfelu une place dans la vraie vie avec des costumes de théâtre, des sculptures monumentales et des aménagements intérieurs invivables par leur pavage irrégulier.

Le 7 mars à Londres, Christie's vend Etre et paraître, huile sur toile 150 x 195 cm peinte en 1963, lot 8 estimé £ 7M. Le titre sans non sens est une profession de foi sur la dualité impossible entre la réalité et l'impression apportée par elle au spectateur. Des profils humains sont enfouis dans cet immense gribouillage parsemé de couleurs pures.