18 févr. 2017

Les Yeux Fermés de Peter Doig

Peter Doig ferme ses paupières pour explorer le paysage de son subconscient. Il sait que l'image réaliste ne pourra jamais restituer l'atmosphère ou le sentiment. Ayant vécu sa jeunesse en Ecosse, à Trinidad et au Canada, il est aussi un observateur de la variété topographique du monde.

Il est un parfait connaisseur des effets picturaux les plus subtils obtenus par les grands maîtres. Voulant exprimer son souvenir d'une tempête de neige à Cobourg dans l'Ontario, il prend référence à Monet. Le traitement impressionniste de la neige et de la glace laisse une place infime à des taches colorées qui prennent graduellement une importance prépondérante lors d'une vision prolongée.

Cette huile sur toile 200 x 250 cm peinte à Londres en 1994 est intitulée Coburg three plus one more. Elle est estimée £ 8M à vendre par Christie's à Londres le 7 mars, lot 20. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

La neige tombe en lourds flocons sur le petit lac de Cobourg. Elle voile une scène divisée en trois blocs horizontaux sans perspective comme une abstraction par Rothko. Cet écran qui ne peut pas être statique pervertit la perception des distances, et les quatre petits personnages à peine esquissés qui se promènent par cette journée glaciale acquièrent une vibration qui focalise toute l'attention.

Sur une toile plate de grand format, Doig offre en abolissant la perspective l'effet de présence tant cherché par Rothko dans ses compositions abstraites. Son réseau de neige a ainsi le même rôle que les arbres qui entravent la vision des bâtiments dans d'autres compositions de la même période comme The Architect's home in the ravine ou Cabin Essence.