15 mars 2017

Les Ultimes Visages de Henri Matisse

Depuis 1941 Henri Matisse est invalide. Il ne peut plus utiliser la peinture à l'huile et ne reste pas plus d'une heure debout. La technique des papiers découpés entretient sa réputation de coloriste mais cela ne lui suffit pas : il dessine beaucoup de portraits.

Malgré ces difficultés il se considère encore comme un medium chargé par son art d'interpréter la beauté du monde et surtout celle de la figure humaine. Il admet qu'il n'est pas intéressé par la psychologie. Au travers de l'infinie variété des visages, il synthétise la figure humaine idéale. Le visage de Lydia, sa dévouée assistante depuis 1932, est sa principale inspiration.

Ses dessins décorent sa chambre à Nice et rompent sa propre solitude. En 1950 il dessine sur le plafond les portraits de ses trois petits-enfants en utilisant un fusain au bout d'un bâton de 2 m de long. Par chance la main du vieil artiste ne tremble pas.

Il utilise aussi l'encre de Chine sur papier en larges traits effectués avec un pinceau. Une Tête de femme 65 x 50 cm réalisée en 1952 a été vendue pour $ 1,33M incluant premium par Christie's le 16 novembre 2016 sur une estimation basse de $ 500K.

Le 23 mars à Paris, Sotheby's vend Visage, réalisé la même année dans le même format et la même technique, lot 17 estimé € 800K.

Ce dessin est un apogée de cette phase par sa vue simplifiée en gros plan qui élimine les contours du visage. L'expression est renforcée par l'économie de moyens sur cette figure réalisée avec moins de 20 coups de pinceau. C'est la même femme que sur la Tête mentionnée ci-dessus. Si c'est Lydia, cette vue est peut-être un moyen élégant d'éviter le menton trop pointu sans diminuer la ressemblance.

Le 1er novembre 1954, Matisse termine un autre portrait de Lydia et dit "ça ira". il meurt deux jours plus tard.