19 avr. 2017

La Femme du Lac Sentani

Toujours avides d'éradiquer toutes les traces de paganisme, les autorités coloniales ont détruit la culture traditionnelle Papoue des rives du Lac Sentani, au nord de la Nouvelle Guinée. Entre deux visites de l'ethnologue Paul Wirz en 1921 et 1926, les maisons cérémonielles avaient été rasées et leurs décorations jetées dans l'eau et la boue du lac.

Pour acquitter ses lourdes dettes envers le galeriste Pierre Loeb, le voyageur Jacques Viot visite cette région en 1929 et collecte ce qui reste de ces ravages : figures en bois et vêtements d'écorce. Ces artefacts envoyés à Paris complètent l'iconographie tribale appréciée par les clients de Loeb. Les figures longilignes incisées dans la surface du tronc ou de la branche enthousiasment les connaisseurs de Modigliani et inspirent Max Ernst et Jacob Epstein.

Le 15 mai à New York, Sotheby's vend une statue de femme du Lac Sentani haute de 103 cm dont la fruste stylisation figurative est particulièrement efficace et agréable. Elle est estimée $ 1M, lot 29. Les jambes sont légèrement écartées sans que la partie intérieure soit évidée. Une des mains a six doigts, on ne saura jamais pourquoi.

Avant de la rapporter en France, Viot avait pris soin de la photographier sur le lieu de la collecte, fièrement montrée par deux Papous au côté d'une figure masculine légèrement plus haute.

Le bas de la figure féminine présente des traces d'accrochage. Elle pouvait être la partie supérieure d'un poteau dont la partie inférieure était l'autre figure de la photo de Viot. La mystique Papoue aimait à lever les yeux vers le ciel pour révérer les ancêtres, et considérait le Lac Sentani comme la patrie de l'arc-en-ciel.