23 avr. 2017

Le Lauréat de la Villa Perdue

Le sculpteur Florentin Luca della Robbia, mort en 1482, avait développé une technique de céramique à glaçure qui pouvait remplacer le marbre pour la décoration des palazzi. L'activité de son atelier devient prospère avec son neveu et successeur Andrea, fournisseur prolifique des églises Toscanes.

L'art d'Andrea est très reconnaissable avec le plus souvent une figure blanche réaliste en très fort relief s'inscrivant sur un fond bleu ciel dans un tondo. Une figure de lauréat identifiable à deux rubans latéraux répond parfaitement à cette description. Elle est estimée au-delà de $ 200K à vendre par Christie's à New York le 28 avril, lot 9.

Ce buste de 41 cm de diamètre est inspiré de l'antiquité avec ses cheveux bouclés, sa barbe, son attitude digne et son haut de toge rouge. Il est monté dans un encadrement ancien également en terre cuite de 62 cm de diamètre orné de fruits, végétaux et pommes de pin attribué aux ateliers Della Robbia. L'antiquité de ces deux éléments est confirmée par un test de thermoluminescence.

Le thème du lauréat est rare et permet de corréler cette oeuvre avec le projet de villa Poggio Reale pour laquelle une archive Napolitaine indique que Della Robbia a fourni quatre caisses de têtes glaçurées dans des cadres circulaires.

Alfonso d'Aragon duc de Calabre, héritier du royaume de Naples, est impopulaire parce qu'il aime trop les plaisirs et le luxe. Avec l'aide de Lorenzo de' Medici qui lui délègue son meilleur architecte, il fait commencer en 1487 sur un monticule proche de Naples la villa Poggio Reale destinée à être pour son usage le symbole du paradis sur terre.

Les événements se précipitent. Le faible Alfonso devenu roi de Naples en janvier 1494 est une proie facile pour le roi de France Charles VIII héritier de la dynastie déchue d'Anjou. A l'automne de la même année les troupes françaises détruisent Poggio Reale.

Il ne reste rien de la somptueuse villa qui n'était pas encore terminée sinon le souvenir de son luxe extrême et de ses jardins qui inspireront la Renaissance française. Le lauréat a fait surface dans une vente aux enchères à Christie's en 1902. Est-il le dernier témoin de Poggio Reale ou un exemplaire surnuméraire qui n'avait pas été livré ? Peu importe : c'est avant tout un remarquable exemple de l'art d'Andrea della Robbia, un des artistes les plus originaux de la Renaissance Italienne.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's :