16 avr. 2017

Paysans Heureux par Le Nain

La position des trois frères Le Nain dans l'histoire de la peinture est atypique. Les éléments biographiques sont peu nombreux et sans anecdotes. Ils sont venus de Laon et ont ouvert un atelier à Paris en 1630. Peu d'oeuvres sont signées et aucune ne mentionne le prénom. Il semble apparaître aujourd'hui que leurs talents étaient distincts mais la finition de chaque oeuvre pouvait être collective.

Leur affaire est prospère et ils reçoivent de nombreuses commandes. Les thèmes sont innovants. En montrant la famille paysanne française dans une attitude de piété stoïque, ils se démarquent profondément du caractère théâtral ou symbolique du genre Hollandais. Ces contemporains de Poussin ne sont pas inspirés par Rome. Leur art est descriptif et n'est pas narratif. Leur réalisme anticipe Courbet de deux siècles.

L'Académie de peinture et sculpture est créée par Louis XIV en 1648 et les trois frères y sont nommés. Malheureusement Antoine et Louis Le Nain meurent la même année et Mathieu reste seul à l'atelier. Leur iconographie est très populaire et largement copiée.

L'art autographe des Le Nain est extrêmement rare sur le marché. Le 27 avril à New York, Christie's vend une huile sur toile 51 x 61 cm, lot 33 estimé $ 800K.

Deux femmes, une petite fille et un jeune garçon posent autour d'une table à l'heure du benedicite. Le garçon tranche le pain. Ils peuvent constituer une famille exhibant les trois âges de la vie. Une autre interprétation est liée à la pratique des Filles de la Charité, une institution très active à cette époque à Paris : ces femmes laïques mettaient les pauvres en confiance en s'habillant comme eux.

Une autre version autographe de cette peinture est connue, avec un environnement plus simple, moins d'accessoires et un trait moins grossier au niveau des visages. Si l'on retient l'observation de Pierre Rosenberg selon laquelle Louis était le meilleur artiste de l'atelier, la peinture à vendre par Christie's pourrait être une oeuvre plus tardive par Mathieu Le Nain à l'époque où les limites supposées de son talent ne pouvaient plus être compensées par son frère.