15 avr. 2017

Révélation d'une Vierge à l'Enfant

Le 27 avril à New York, Christie's vend un panneau 111 x 125 cm composé en triptyque dans le style de la Renaissance, lot 8 estimé $ 3M. Au premier coup d'oeil l'oeuvre est choquante : c'est une peinture à l'huile à l'exception de la Vierge à l'Enfant de la partie centrale et d'un des deux personnages de l'aile gauche qui sont des dessins.

Le grand collectionneur Horace Walpole l'avait acquis pour 80 guinées en 1752 dans une vente aux enchères, comme une scène du mariage de Henry VII avec Elizabeth d'York. Une différence de technique entre les personnages et les éléments architecturés laisse supposer que la composition est hybride mais Walpole est très fier de posséder cette peinture considérée comme typiquement Tudor. La provenance est connue : un demi-siècle plus tôt elle avait appartenu à William Sykes.

Elle est exposée en 1890. Un observateur perspicace raconte dans La Gazette des Beaux Arts qu'il perçoit une classique Vierge à l'Enfant au travers de la partie centrale qui est un intérieur d'église sans personnages.

L'oeuvre est acquise en 1977 par le marchand d'art Edward Speelman. Convaincu que les éléments d'architecture et trois des quatre saints sont contemporains de la Renaissance Flamande, il confie la restauration au spécialiste David Bull du Norton Simon Museum.

Dans un patient travail qui s'étend sur près de dix ans, Bull retire au scalpel les peintures du XVIIIème siècle, certainement réalisés par ou pour Sykes qui avait une réputation de faussaire et savait transformer les oeuvres quand cela plaisait à ses clients. Ce travail met au jour un superbe dessin de la Vierge à l'Enfant dans la partie centrale, remplace Elizabeth d'York par un dessin mal conservé de St Jean Baptiste et redonne au faux Tudor les attributs de St Louis.

L'expertise a continué. L'inspection radiographique et la réflectographie infra-rouge démontrent que la qualité du sous-dessin est homogène dans toute la surface. Les éléments composites résultant du travail méticuleux de Bull proviennent tous d'un travail de la Renaissance. La beauté du dessin, de la peinture et des couleurs indique que ce panneau est l'oeuvre autographe d'un maître.

La comparaison de détails expressifs, comme par exemple le visage de la Vierge ou les études de pieds, avec des oeuvres indiscutablement attribuées à Hugo van der Goes est convaincante et une datation au début des années 1470 est cohérente avec la dendrochronologie du panneau. Perfectionniste jusqu'à sombrer dans la folie, Hugo travaillait à Gand où il admirait le polyptyque peint un demi-siècle auparavant par les frères van Eyck pour l'autel de la cathédrale St Bavon.

Je vous invite à jouer la vidéo partagée par Christie's.