9 mai 2017

Peinture Quantique

Roy Lichtenstein remet en question les principes fondamentaux de la peinture par l'appropriation d'images de bandes dessinées, la coloration par Ben-day dots de toiles de grandes dimensions, l'appropriation d'un chef d'oeuvre comme une référence de dérision.

Roy trouve dans les comics l'inspiration la plus variée. Une bande intitulée The painter est publiée en octobre 1964 : un artiste fou annihile sa propre oeuvre avec quelques coups de brosse. L'image montre les coulures, les gouttes et même l'effilochage quand la peinture devient plus rare sur les poils de la brosse à la fin du geste rageur.

Roy utilise ce thème un an plus tard tout en enlevant le texte qui exprimait le cauchemar de l'artiste. Sa première peinture intitulée Brushstroke est proche du dessin original avec la main et la brosse en premier plan. Il persévère : une peinture est-elle autre chose que des coups de pinceau sur une surface ? Dans la suite de sa série, il ôte la main et la brosse, laissant seules dans l'image deux coups de brosse superposés.

Le 17 mai à New York, Christie's vend Red and White Brushstrokes, toile 122 x173 cm peinte en 1965, lot 57 B estimé $ 25M. Les deux larges bandes reproduisant les avatars du geste originel sont des horizontales en frottement dans une direction légèrement montante. Ce n'est sans doute pas par hasard que l'ensemble de l'image ressemble à un drapeau endommagé.

Allant bien plus profond que l'auteur du comics Roy atteint l'élément quantique de l'art. Il va dans la même direction que Jasper Johns ou Frank Stella pour qui le thème est moins important que le processus de fabrication de l'oeuvre.

En transformant ses Brushstrokes en sculptures un quart de siècle plus tard Roy achève son ingénieux parcours de dérision de la peinture. Après tout, si on cherche un parallèle dans d'autres actions artistiques, le cinéma est-il autre chose qu'une projection de lumière au travers d'un déroulement de filtres colorés ?