14 juin 2017

Deux Lions aux Pieds du Roi

Dans la longue suite des rois de France, la succession de Jean II en 1364 en pleine Guerre de Cent Ans est une des plus contestée. Le dauphin âgé de 26 ans avait été régent pendant que son père était prisonnier et il est habile. Sorti vainqueur de cette impitoyable compétition dynastique il sera surnommé Charles V le Sage.

L'autorité divine dont se réclame l'héritier légitime du trône n'est pas suffisante pour garder et protéger son pouvoir. Dès son accession Charles V multiplie les symboles de sa supériorité et de sa prospérité. Le lion est son emblème.

Pour maintenir la chaîne de la légitimité il faut aussi réhabiliter l'inefficace Jean II. Dès 1364 Charles V décide de faire réaliser dans la nécropole traditionnelle des Capétiens à Saint-Denis les monuments funéraires de Jean et des parents de Jean. Il ajoute la préparation de son propre tombeau, ce qui est une innovation considérable pour l'époque.

Le maître d'oeuvre des quatre monuments est le meilleur sculpteur de son époque, désigné dans un document sous le nom d'Andreu Bauneveu, André Beauneveu en français moderne. Le roi est puissant et servi en priorité : son gisant en marbre est le plus beau des quatre, avec un très beau polissage du marbre blanc. Beauneveu travaille jusqu'en 1366 sur ce chantier.

Les monuments royaux de Saint-Denis sont démantelés en 1793. Les pièces essentielles sont récupérées par l'archéologue Alexandre Lenoir, fondateur en 1791 à la demande du gouvernement du Musée des Monuments Français regroupant des oeuvres confisquées au clergé par la Révolution. Lors de la Restauration en 1816, Louis XVIII oblige Lenoir à réinstaller à Saint-Denis ce qui reste des monuments de la nécropole incluant le gisant de Charles V par Beauneveu.

Le monument de Charles V incluait un groupe adjacent de deux lions adossés qui était posé aux pieds du roi. Ce groupe n'était connu que par le dessin d'un archéologue. Il vient d'être redécouvert dans la descendance d'un collectionneur anglais qui l'avait acquis en 1802, très certainement acheté à Lenoir dont les difficultés financières étaient connues à cette époque.

Ce groupe de lions est un marbre de la même qualité que son gisant et certainement exécuté par le même artiste. Les points de fixation de cette statue correspondent exactement à la distance des empreintes sur les pieds du gisant. Les lions de Beauneveu, 45 x 29 x 12 cm, seront vendus au lot 10 par Christie's à Londres le 6 juillet. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.