10 juin 2017

Et Alberto créa la Femme

Après la guerre Alberto Giacometti se réinstalle dans son atelier Parisien qui avait été soigneusement maintenu par Diego. Sa vie est stabilisée par sa rencontre avec Annette. Il veut exhiber par ses sculptures sa propre vue de la nature humaine, proche de l'existentialisme de Sartre.

Ses personnages filiformes sont à la fois fragiles dans leur corps et solides dans leur bronze. Ces humains ne sont pas identifiables mais le plâtre d'origine inlassablement pétri par la main de l'artiste leur apporte une texture tourmentée qui ressemble à leur créateur.

Pierre Matisse est séduit mais pressé. Alberto termine en 1947 dans une hâte qui ne lui est pas habituelle sa trilogie primordiale dominée par l'Homme au doigt. Les deux autres éléments sont l'homme qui marche avec ses jambes en compas qui annoncent le déséquilibre du futur, et la femme debout.

D'autres figures seront bientôt créées ainsi que des groupes. L'attitude de la femme à la fois frêle et stoïque restera cependant inchangée tout au long de la carrière d'Alberto comme si cet artiste perfectionniste avait trouvé du premier coup comment exprimer la femme intemporelle. Avec ses jambes strictement jointes elle est inspirée des sarcophages anthropomorphes Egyptiens. Dorée ou juchée sur un chariot pour être adorée, elle est la déesse mère du panthéon surréaliste d'Alberto.

Le 21 juin à Londres, Sotheby's vend Grande Figure, un bronze de 1,30m de haut dans une patine de couleur d'or sombre. Fondue en exemplaire unique par la société Alexis Rudier à Paris en 1948 d'après un plâtre daté 1947, elle est un des plus anciens exemples en grande dimension de la femme debout d'Alberto. Elle est estimée £ 15M, lot 57.